À trop vouloir prendre le train, Trois-Rivières et la région sont en train de manquer l’avion.

Tout pour le train, rien pour l’avion

Avec le retour dans les cartons de Via Rail d’un projet de train à grande fréquence dans le corridor Québec-Windsor avec arrêt probable à Trois-Rivières, on parle beaucoup de cette desserte ferroviaire et des avantages qu’elle présente pour la région.

Le sujet s’est même invité dans la campagne électorale municipale. Mais à l’heure où le train est sur toutes les lèvres, on ne parle à peu près plus des vols de passagers à l’aéroport, un autre sujet qui a fait couler beaucoup d’encre au cours des dernières années. 

C’est un revirement aussi étonnant que déplorable. Déplorable parce qu’on dirait qu’on a relégué aux oubliettes les grands projets qu’on avait pour ramener des vols de passagers à l’aéroport trifluvien. 

Déplorable aussi parce qu’on a investi beaucoup dans les infrastructures de l’aéroport, notamment en prolongeant la piste pour accueillir des gros porteurs, et que ce sont finalement les entreprises spécialisées dans l’entretien des aéronefs qui en profitent exclusivement.

C’est certainement une bonne chose, puisque ça donne de l’emploi aux travailleurs du secteur aéronautique de la région. Mais du même coup, on écarte tout un pan de ce secteur d’activité, celui du transport de passagers, qu’on croyait porteur jusqu’à il y a encore quelques mois à peine.

Le maire sortant, Yves Lévesque, jubilait il y a huit ans aux côtés du patron de Sunwing, Sam Char, dans une conférence de presse qui avait des allures de spectacle à l’aérogare de Trois-Rivières. Sunwing annonçait qu’elle allait offrir des vols hebdomadaires de Trois-Rivières vers Varadero et Cancún. 

Mais on se souvient de la suite. Trois-Rivières n’a jamais réussi à obtenir la désignation nécessaire de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) afin que puissent être offerts à l’aéroport les services de sécurité et de contrôle des bagages, notamment. Aucun avion n’est finalement parti de Trois-Rivières.

En 2010, le maire relançait le fédéral par le biais de son ami Denis Lebel, alors ministre dans le gouvernement Harper. En 2015, alors qu’on apprenait que le fédéral allait permettre aux petits aéroports d’avoir recours aux services de contrôle de sécurité de l’ACTSA, tous les espoirs étaient de nouveaux permis pour Trois-Rivières. 

Mais depuis ce soubresaut d’optimisme, plus rien. Plus rien ici, mais dans le Bas-Saint-Laurent, Mont-Joli deviendra en décembre la sixième ville à voir Sunwing offrir des vols chez elle, après Montréal, Québec, Val-d’Or, Saguenay et Sept-Îles. 

Chez nous, le maire a décidé de mettre tous ses œufs dans le panier de la desserte ferroviaire. Politiquement, c’est un créneau sans doute beaucoup plus confortable. Parce qu’essentiellement, la Ville n’a pas un mot à dire et peu de sous à mettre.

Le fait de desservir Trois-Rivières dans un corridor à haute fréquence est une décision d’affaires vers laquelle tend déjà Via Rail. Son président et chef de la direction, Yves Desjardins-Siciliano, est venu le dire à quelques reprises. Le financement viendra en bonne partie du fédéral et du provincial. La Ville n’a que très peu à voir dans cette décision, si ce n’est que de rouvrir la gare et aménager les alentours pour la rendre intermodale et accessible.

En plus de priver les citoyens d’un service intéressant, le désistement de la Ville envers le développement et la diversification des activités de son aéroport envoie aussi un signal négatif aux entreprises du secteur aéronautique. Ajoutons à cela le fait que la Ville, n’étant pas membre de l’Union des municipalités du Québec, ne peut pas bénéficier de l’expertise du comité sur les aéroports régionaux ni participer aux discussions concernant les enjeux de ce secteur d’activité. 

L’aéroport de Trois-Rivières était le seul au Québec à ne pas avoir répondu à un sondage pour une étude sur les besoins en immobilisations, menée par ce comité. Et la Ville n’était évidemment pas représentée à la Conférence municipale sur l’avenir du transport aérien en région, organisée par l’UMQ à Lévis en décembre dernier.

À trop vouloir prendre le train, Trois-Rivières et la région sont en train de manquer l’avion.