Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Tout ça pour une piscine?

ÉDITORIAL / Le conseil municipal de Trois-Rivières, en votant majoritairement en faveur d’un projet particulier d’urbanisme concernant la construction d’une piscine sur un terrain privé situé à proximité d’un milieu humide, vient de balayer du revers de la main les beaux principes adoptés au cours des dernières années.

En matière d’environnement et de protection des milieux humides, si on veut être cohérent avec la volonté maintes fois exprimée par le Conseil et consignée dans la Politique de développement durable de la Ville, on devrait être beaucoup plus strict dans l’évaluation des demandes de dérogation ou des projets particuliers. On ne devrait pas trancher une demande concernant un empiétement sur une bande de protection qui jouxte un milieu humide comme on tranche une demande d’autorisation pour un revêtement de Canexel ou le positionnement d’une remise sur un terrain résidentiel.

Mardi soir, les membres du conseil ont voté à huit voix contre six pour permettre l’implantation d’une piscine à un peu plus de trois mètres de la zone humide en question. Le terrain convoité est situé sur la rue des Tamias, dans le secteur du lac des Pins à Pointe-du-Lac. À proximité de ce quartier se trouve une tourbière à haute valeur écologique, entourée par un marécage, ce qui en fait un milieu humide d’intérêt. Or, les milieux humides évoluent et la notion de bande de protection, que la Ville a élargie à dix mètres l’an passé, devient elle aussi flexible.

Difficile de croire qu’on est disposé, à la Ville de Trois-Rivières, à renoncer à cet engagement moral pris en faveur de l’environnement, du développement durable et de la lutte aux changements climatiques pour une simple piscine et un bout de garage qui empiètent dans la bande de protection. Ça paraît anodin, mais si d’autres demandes du genre surviennent, il y aura une déplorable jurisprudence qui forcera d’autres réponses favorables.

Les conseillers qui ont voté en faveur de la dérogation s’en sont remis à la recommandation du comité consultatif d’urbanisme (CCU), formé de quatre élus et cinq citoyens. Des fonctionnaires de la direction de l’aménagement et du développement urbain agissent comme personnes-ressources pour expliquer aux membres les aspects plus techniques des dossiers qui leur sont soumis. Dans le cas du projet particulier d’urbanisme pour le terrain de la rue des Tamias, l’avis des fonctionnaires était favorable.

Il y a quelque chose qui cloche, donc, dans le processus d’évaluation et dans l’importance qu’on accorde aux intérêts privés plutôt qu’aux principes du bien commun et de l’environnement. La conseillère Mariannick Mercure et son collègue Claude Ferron l’ont d’ailleurs exprimé clairement mardi soir.

Dans sa Politique de développement durable, la Ville de Trois-Rivières insiste sur le fait que la protection des écosystèmes et de la biodiversité conditionne l’activité socio-économique. «Les décisions et les actions, peut-on lire, reflètent la volonté de conserver la contribution des écosystèmes à la qualité de vie des Trifluviens et à leur sécurité.»

Plus loin, au sujet de la protection et de la mise en valeur du patrimoine naturel, on mentionne que «la préservation de la biodiversité consiste au maintien des espèces, des écosystèmes, des ressources et des processus naturels essentiels pour supporter la qualité de vie des citoyens. La politique vise la protection de cette biodiversité en intégrant de façon harmonieuse les usages et activités sur son territoire tout en conservant les milieux naturels d’intérêt et de grande valeur écologique.»

Les élus sont les ultimes gardiens des valeurs et des principes auxquels la Ville a choisi d’adhérer. Même si la tradition veut qu’on se fie aux recommandations des comités compétents en différentes matières liées à la gestion de la Ville, les membres du conseil ont le loisir de voter différemment. Il peut arriver qu’il y ait une collision dans l’interprétation ou dans la hiérarchisation des priorités. Il peut arriver que des membres d’un comité soient tout simplement dans le champ. Ou dans la tourbière.

L’assemblée publique du conseil de mardi soir a permis de voir où se situaient les conseillers dans leur réflexion au sujet de l’importance de la protection des milieux humides et dans leur cohérence par rapport aux principes déjà enchâssés dans des règlements, des politiques et des plans d’action. Malheureusement, la discussion autour de la table du conseil n’a pas permis de savoir quelle était la position du maire Jean Lamarche sur ce sujet.

Ç’aurait été intéressant.