Lorsque Stephen Harper est élu premier ministre, son engagement évangéliste fait de lui un farouche adversaire de l’avortement et de l’homosexualité; voilà donc un autre exemple de dérapage à laquelle peut mener l’alliance État-Religion au détriment de l’évolution d’une société.

Tolérance et ouverture vont dans les deux sens

OPINIONS / Le 30 avril 1598 était signé par Henri IV l’Édit de Nantes qui promulguait la tolérance religieuse à travers la France faisant de la religion catholique la religion officielle mettant fin à près de 40 années de guerre des religions. C’est dans cette optique que Samuel de Champlain traverse l’Atlantique vers le Nouveau Monde. Avec lui se trouve un équipage mitigé de catholiques et de protestants dont un prêtre de chaque confession qui en viennent aux coups, se prennent au collet et qu’il fallut séparer au grand dam de Champlain. La Nouvelle-France sera donc catholique tout en tolérant les autres religions. Après la bataille des Plaines d’Abraham les Anglais (wasps) s’installent majoritairement à Montréal et y établissent le siège commercial attirant ainsi des migrants de différentes nationalités et religions. En 1768 y est construite la première synagogue puis en 1832 est adoptée une loi octroyant aux juifs les mêmes droits et libertés qu’aux chrétiens. Ils sont 90 000 en 1996 et malgré ce faible pourcentage par rapport à la population du Québec le sirop d’érable est maintenant homologué kasher.

Arrive la Révolution tranquille. C’est alors la dissociation de l’État et de l’Église qui perd beaucoup de ses pouvoirs et prérogatives et toutes ces bonnes sœurs et ces cols romains doivent abandonner leurs signes ostentatoires s’ils veulent continuer à enseigner. Fini la prière du matin, la messe du Jeudi saint, la confesse tous les mois, les Québécois se libèrent du carcan religieux. Ce qui n’est pas le cas dans le reste du Canada qui, pourtant, à travers son histoire n’a jamais eu de religion d’État et dont l’appui au pluralisme religieux et à la liberté religieuse est un élément important de sa culture. La religion est une question d’ordre privé au sein de la société et de l’État. Et c’est bien ainsi car l’Église est fondée sur des dogmes qui sont contraires à l’évolution comme on l’a vu avec Copernic, Galilée, Léonard de Vinci pour ne nommer que ces exemples. Mais on continue d’accommoder les minorités comme par exemple en Alberta les sikhs, appuyés par Jagmeet Singh, ont milité pour l’exemption du port du casque en moto. Les libertés et les droits de tous sont respectés: les témoins de Jéhovah ont leurs «salles du Royaume», les juifs leurs synagogues, les musulmans leurs mosquées, etc. Même tous ces gens qui montent aux barricades contre la loi sur la laïcité ont le privilège d’exercer leur liberté d’expression ce qu’ils ne pourraient faire dans bien des pays sans risquer l’emprisonnement voire la peine de mort.

Lorsque Stephen Harper est élu premier ministre, son engagement évangéliste fait de lui un farouche adversaire de l’avortement et de l’homosexualité; voilà donc un autre exemple de dérapage à laquelle peut mener l’alliance État-Religion au détriment de l’évolution d’une société. Maintenant, avec Trudeau fils, on assiste à une ouverture sur un multiculturalisme dans le but d’aller chercher des votes et de briguer un second mandat. Comment peut-on renier ses origines, son passé? Effacer notre histoire d’un revers de la main, dénier l’importance des canadiens-français dans l’édification du Canada. La majorité des Québécois est favorable à cette loi car elle représente un filet de sécurité face aux dérapages fanatiques religieux. Cette tolérance que nous a léguée Samuel de Champlain a façonné un peuple ouvert aux autres cultures et aujourd’hui c’est aux minorités à nous tolérer comme nous sommes.

Clermont Boies

Nicolet