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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Yves-François Blanchet 
Yves-François Blanchet 

TGF: une réponse qui se fait attendre

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ÉDITORIAL / La région se fait-elle mener en bateau dans le dossier de train à grande fréquence? C’est une question bien légitime, surtout à quelques semaines de la présentation du budget fédéral par la ministre Chrystia Freeland.

C’est le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui a posé la question au premier ministre Justin Trudeau, la semaine dernière. L’intervention est passée à peu près inaperçue mais elle est hautement pertinente en cette période où on ne semble plus savoir sur quel pied danser dans le dossier du train à grande fréquence.

Le 24 mars dernier, Yves-François Blanchet a interpellé en Chambre le premier ministre à ce sujet. «La Mauricie travaille depuis longtemps sur un projet de train à grande fréquence qui se rendrait à Québec au départ de Windsor. C’était une promesse électorale des libéraux en 2015, renouvelée en 2019. Or il n’y a toujours rien. Je me souviens de l’avoir comparé au Sasquatch: c’est un mirage dans un désert de transports collectifs. Il faut répondre oui ou non aux gens de la Mauricie. Le train à grande fréquence sera-t-il dans le budget?»

La question est claire. La réponse du premier ministre l’est moins, même si Justin Trudeau a assuré que le chef du Bloc aurait toutes ses réponses le 19 avril, lors du dépôt du budget.

«Je peux cependant confirmer que cette semaine, quand j’étais de passage à Trois-Rivières, j’ai eu une très bonne conversation avec le maire de Trois-Rivières, au cours de laquelle j’ai souligné notre engagement continu, ainsi que les dizaines de millions de dollars que nous avons déjà investis dans le train à grande fréquence, qui est un projet de cœur pour les Trifluviens, mais aussi pour tous les Québécois et tous les Canadiens», a répondu le premier ministre.

Sur les réseaux sociaux, le chef du Bloc québécois s’est inquiété. «Et si le budget du 19 avril ne contenait PAS l’argent pour réaliser le train à grande fréquence (TGF) vers Québec? S’il ne contenait (encore!) que des études pour sauver du temps et des votes? S’il n’était pas du tout dans les plans fédéraux?»

C’est vrai qu’en apparence, le dossier n’avait plus l’air très actif ces derniers mois. À la Banque de l’infrastructure du Canada, on assure qu’il est toujours sur la table de travail. Des réunions avec VIA Rail ont toujours lieu.

La grande question est de savoir s’il y a une volonté politique de lancer ce projet dans le corridor Québec-Windsor. Et si jamais la réponse est affirmative, quelles seraient les extrémités du trajet retenu? Québec et Windsor? Québec et Toronto? Montréal et Toronto?

Cette dernière option a beaucoup circulé depuis l’annonce de la mise en place d’un bureau de projet. Essentiellement pour des questions de rentabilité, des voix se sont élevées, semble-t-il, pour réclamer qu’on se limite à une liaison à grande fréquence sur des voies dédiées entre Montréal et Toronto. C’est inquiétant pour Trois-Rivières et pour la Mauricie, qui ont toujours été les voix les plus fortes pour réclamer cette desserte ferroviaire pour le transport interurbain de passagers.

La question soulèverait même des débats à l’intérieur même du gouvernement, ce qui est d’autant plus préoccupant à la veille du budget fédéral.

Le ministre François-Philippe Champagne a senti le besoin, il y a quelques mois, de lancer un appel à la mobilisation en dehors des frontières de la Mauricie. Comme pour dissiper l’impression de stagnation qui se dégageait du dossier de train à grande fréquence (TGF), il a indiqué qu’il était nécessaire de rassembler les intervenants sociaux et politiques des communautés situées le long du trajet projeté. Ottawa voulait voir un peu plus d’adhésion locale et provinciale pour ce projet. Dans cet esprit, les gouvernements provinciaux du Québec et de l’Ontario, les maires des grandes villes situées le long du trajet, les chambres de commerce et les fédérations de municipalités devraient unir leurs voix pour réclamer la réalisation de ce projet.

Le hic, c’est que tout cela a déjà été fait.

Mais puisqu’il y a un nouvel appel à la mobilisation, peut-être parce que le projet chancelle, ce sont les chambres de commerce qui, les premières, ont saisi la balle au bond. La Chambre de commerce de l’Ontario et la Fédération des chambres de commerce du Québec ont fait front commun pour réclamer que ce projet se retrouve dans le prochain budget fédéral autrement que par des études.

Reste à voir si les maires et les premiers ministres du Québec et de l’Ontario emboîteront le pas... une fois de plus.

Parce qu’ils ont maintes fois exprimé leur appui ou maintes fois réclamé le TGF par le passé. En 2018, alors qu’on se dirigeait lentement mais sûrement vers une élection fédérale, l’Union des municipalités du Québec, réclamait la réalisation du projet. La demande a été réitérée à la veille de l’élection de 2019. Toujours en 2018, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a joint sa voix à celle du maire de Québec sur la nécessité d’implanter un train à grande fréquence (TGF) pour unir les deux villes.

En 2019, le gouvernement du Québec, par la voix du ministre des Transports, François Bonnardel, réitérait sa préférence pour le projet de train à grande fréquence. Le gouvernement provincial disait même donner la «priorité» au projet de VIA Rail, dont les coûts sont toujours évalués entre quatre et cinq milliards de dollars.

Il est possible que l’insistance soit moins vigoureuse en Ontario. Mais peu importe, il est normal que se soit développée une certaine lassitude. À force de voir le projet crouler sous les études, il est peut-être plus tentant, pour certaines communautés, de se concentrer sur des projets de train de banlieue, de REM ou de tramway...

N’empêche, il est curieux que ce soit le gouvernement fédéral, celui-là même qui a instauré un bureau de projet pour le TGF et qui a confié le dossier à la Banque de l’infrastructure du Canada, qui réclame un peu plus de mobilisation pour que les choses bougent.

Les arguments environnementaux, économiques et ceux liés à la mobilité sont connus depuis des lunes. Ottawa les a invoqués pour justifier la mise en place d’un bureau de projet. VIA Rail les affiche fièrement sur la section de son site web consacrée au projet. Les élus les claironnent en campagne électorale depuis plusieurs années déjà. Et les anciens dirigeants de VIA Rail ont déjà évoqué une mise en service pour 2022-2023 tellement ils étaient convaincus de la nécessité et de la viabilité du projet. Des belles paroles qui, soudainement, semblent appartenir à l’histoire.

À l’heure où le gouvernement fédéral cherche des moyens de stimuler l’économie avec un plan de relance «vert», le projet de TGF devrait normalement sauter aux yeux. Le volet des transports collectifs est un aspect majeur de la lutte contre les changements climatiques et de la réduction des gaz à effet de serre. À moins que le politique ait décidé de s’en mêler.

Vraisemblablement, il faudra attendre au budget pour avoir la véritable réponse du gouvernement Trudeau. S’il y en a une, évidemment.