Selon l’auteur, l’héritage radioactif de Gentilly 1 et 2 est légué aux générations futures qui en paieront chèrement la note.

Sur l’angélisme nucléaire…

OPINIONS / L’article du 3 août 2019 de Brigitte Trahan intitulé Tout va bien autour de Gentilly 2, traitant de la centrale nucléaire à Bécancour, ainsi que les propos de Michel Fugère du Mouvement Vert méritent qu’on s’y attarde. Comme simple citoyen je m’impose une réflexion.

Il est tentant de se laisser emporter par l’euphorie des soi-disant bonnes nouvelles que nous servent les partenaires de cette industrie dont la culture est discutable. J’en déduis que ce serait faire preuve d’angélisme ou d’ignorance, que de croire que tout va bien sous le ciel bleu de Bécancour. Puisque ce dont on parle ici, c’est de l’héritage radioactif de Gentilly 1 et 2, qu’on lègue aux générations futures qui en paieront chèrement la note.

Il est important de parler ici des liens de quasi-consanguinité qui existe entre les acteurs concernés par le nucléaire au Canada. De un, la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) qui devrait être indépendante mais qui ne l’est pas. Le PISE, le Programme indépendant de surveillance environnementale, mais qui n’a d’indépendant que le terme. Ajoutons le nouveau consortium de l’Alliance nationale pour l’énergie du Canada (ANEC) composé entre autres, de SNC Lavalin (déjà rassurant!), la filiale CH2M Hill Canada, de Jacobs Engineering Group (44 violations des lois, pénalités de 59 millions $), la filiale Fluor Government Group Canada, de Fluor Corporation (23 violations des lois, 18,4 millions $ de pénalités ). Qui se ressemble se rassemble, n’est-ce pas? Ajoutons Rolls-Royce Civil Nuclear Canada et Energy Solutions Canada Group pour fermer le cercle. Sans oublier Hydro-Québec-Secteur nucléaire qui tente de se faire une belle jambe dans ce palmarès peu reluisant. Bref, ce sont eux qui dictent la voie à suivre en matière de politique nucléaire canadienne. Ce, sous la complaisance d’Ottawa.

On a vu comment on assure la sûreté nucléaire au Canada dans l’Affaire Linda Keen. Affaire qui ressemble au cas de l’agronome Louis Robert, congédié par le MAPAQ pour avoir dit la vérité concernant l’influence néfaste de l’industrie chimique pour le milieu agricole au Québec .

Alors présidente de la CCSN, Madame Keen avait mis en lumière le mauvais fonctionnement et les lacunes de la centrale de Chalk River. Elle a ordonné la fermeture du réacteur déficient pour des raisons de sûreté, lesquelles compromettaient la sécurité et la santé des travailleurs ainsi que de la population.

La décision de Madame Keen n’a pas plu à Énergie Atomique Canada Limitée (EACL), le fautif dans cette affaire. Harper l’accusa alors de manque de leadership en orchestrant sa destitution. Il la congédia ensuite comme on vide une poubelle.

Alors, comment croire à l’indépendance des instances censées nous protéger (PISE, CCSN) qui ne sont en fait que les marionnettes d’une industrie qui tire les ficelles pour ensuite récolter le pactole.

À ce jour, la science n’a pas trouvé d’endroits sécuritaires pour l’entreposage permanent des déchets nucléaires. Ce qui démontre l’envergure du problème. Mais à quoi devrait-on s’attendre pour avoir confiance? Un éminent spécialiste canadien de l’énergie nucléaire, Monsieur Gordon Edwards, président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire, amène une solution sur laquelle la communauté scientifique et les gouvernements devraient se pencher.

Celui-ci propose la création d’un Rolling Stewardship qui se traduit par: un Commissariat, une instance permanente, indépendante du gouvernement et de l’entreprise nucléaire afin d’assurer une veille «perpétuelle» et intergénérationnelle, sur la gestion de ces matières radioactives, toxiques pour les siècles à venir. Quand on sait que de l’information se perd à chaque quart de siècle, qu’en sera-t-il dans trois cents, cinq cents ans, alors que les générations futures auront peut-être perdu la trace de ces déchets enfouis depuis des siècles. Quand on sait que le Plutonium 239 a une durée de vie de 24 000 ans, disons que ça va prendre un sacré bon suivi pour les siècles à venir.

En conclusion, je crois que le ciel sera encore plus bleu quand nous aurons mis sur pied une telle instance. Et pour ce faire, le seul endroit logique au Québec où devrait être implanté ce Commissariat est la région de Bécancour.

Alors citoyens de Bécancour et du Québec agissons et réclamons ce qui nous est dû.

Jean-François Gaudette

Trois-Rivières