L’auteur demande aux élus de Trois-Rivières et de Shawinigan de dire non au projet méthanol/urée de la société en commandite ProjetBécancour. ag.

Sortons des prises de décision fossile!

Par la présente, je demande aux maires et conseillers de Trois-Rivières et de Shawinigan de faire pression auprès des ministres de notre région afin qu’ils amènent en Mauricie et dans le Parc industriel et portuaire de Bécancour des industries intégrées à la vision novatrice que se donnent les institutions et les dirigeants locaux.

Je leur demande de dire NON au projet méthanol/urée de la société en commandite ProjetBécancour.ag (IFFCO-Nauticol).

Le passé en Mauricie

À l’intérieur de 30 km de Trois-Rivières, en 1965, il y avait six industries papetières (St-Maurice, CIP, Wayagamack, Domtar, Belgo, Laurentide), cinq métallurgies (Reynold’s, Canron, Refractories, Carbure-silicium, Alcan), quatre chimiques (Shawinigan Chemical, Dupont, Gulf, BF Goodrich). C’était le Klondike pour un chimiste en devenir. Durant les étés d’études en chimie à l’Université de Montréal, je travaillais dans l’est de Montréal dans une des raffineries, quel bonheur! En 1969, j’y ai été embauché comme chimiste pour analyser et répertorier les rejets chimiques de l’usine.

Prise de conscience

C’est alors que j’ai réalisé à quel point ma précieuse chimie causait des dommages. Au fil des années, j’ai réalisé que les problèmes étaient plus cruciaux: santé des travailleurs, santé publique à cause des produits chimiques utilisés et fabriqués, qualité de l’eau, de l’air, des sols. Le constat: la terre et le monde vivant, incluant les humains, ne pouvaient pas absorber sans conséquences dramatiques ces produits chimiques.

État actuel

Quant à toutes ces industries de chez nous, elles ont, en 25 ans, été fermées l’une après l’autre, sans laisser de traces de leur prospérité financière. Leur héritage: une détérioration de la santé publique, de la qualité de l’eau, des sols, de l’air et plus important, de la vie socioéconomique en Mauricie. Les citoyens actuels en paient encore le prix par leurs taxes municipales et leurs impôts pour réparer ce gâchis chimique.

Voilà qu’en 2017, le spectre d’une industrie chimique des plus polluantes réapparaît à Bécancour: IFFCO. Certains s’en réjouissent, mais à tort. Au contraire, je crois que les Mauriciens, réputés d’avoir jadis accepté toutes ces saloperies industrielles, sont à nouveau les dindons de la farce.

Est-ce ce visage que la Mauricie veut encore montrer au Québec, au Canada? J’en doute. La Mauricie commence à se relever du désastre économique, social et environnemental causé par ce déclin chimico-industriel. La région se refait un NOM PROPRE. Allons-nous gâcher tous ces efforts faits depuis plus de vingt ans pour un projet mal ficelé et mortifère?

À lire La Presse, Le Devoir et autres titres d’information, à écouter les reportages, il est aisé de réaliser que le projet IFFCO est désastreux et pour l’environnement et pour l’économie. C’est trop cher payé pour une centaine d’emplois à 60 000 $, équivalant au salaire moyen payé après cinq ans aux techniciens et ouvriers spécialisés ou gradués universitaires. Il faut absolument dire NON à toute industrie fossile et dire OUI aux industries du futur.

Des influenceurs d’opinion à Trois-Rivières, mal renseignés, ont écrit certaines faussetés pour justifier ce projet qui, selon mon point de vue de chimiste novateur et spécialiste en environnement, est injustifiable. Et pourtant, je ne les ai pas vus à la rencontre préparatoire organisée par ProjetBécancour.Ag et SNC Lavalin.

Le milieu de formation des techniciens et des bacheliers reflète la vétusté de tels projets chimiques. Au Cégep de Shawinigan, à la demande des étudiants et du milieu d’emploi, les programmes techniques de chimie ont dû être modifiés pour cibler la biotechnologie et les sciences biomédicales. À l’UQTR, depuis 20 ans, la chimie nouvelle est centrée sur: les nanotechnologies, la pharmacologie, la biotechnologie, les preuves criminelles. Les professeurs ont orienté leurs recherches vers ces domaines. Au CRPP, inauguré en 2000, il n’y a plus d’étudiants, la recherche est orientée principalement vers la biotechnologie et les polymères intelligents.

Vision

Nous sommes à un carrefour. Le milieu académique a pris le virage il y a 20 ans! Élus régionaux, n’écoutez pas le chant des sirènes d’IFFCO-Nauticol. Riches de nos expériences passées et de nos connaissances actuelles, rappelez-vous combien le risque est grand de signer notre propre extinction!

François Bellemare, chimiste PhD

Trois-Rivières