Comment expliquer que cette brave monture, d'un bon tempérament, ait tout fait pour éjecter son cavalier qui ne l'agressait d'aucune façon?

Si Big Sky pouvait parler

Se relevant de sa commotion, l'oeil glauque, les oreilles molles, le toupet en broussaille, Big Sky, la jument en vedette, ne comprend pas trop le débat juridique suscité par le rodéo. Elle-même pourrait clore le débat par une confidence.
La calme jument était arrivée à Saint-Tite à bord d'une roulotte ordinaire. Elle en descendit sagement pour gagner, à pas lents, le box ou l'enclos où l'attendaient foin et avoine. Rien d'une bête sauvage. À quelques heures de sa prestation, des visiteurs étaient venus admirer sa robe blanche et caresser son encolure.
D'où vient qu'au moment précis de son entrée dans l'arène, dès sa première foulée, cette douce jument s'était comportée en cheval sauvage? Par des bonds prodigieux, tenta-t-elle de désarçonner son cavalier? Il n'en est rien! Un enfant aurait pu faire la parade, monté sur la docile jument.
En fait, si Big Sky pouvait parler, elle nous dirait que ses sauts brutaux ne cherchaient pas à terrasser le valeureux cow-boy. Il s'agissait de se libérer de l'étreinte d'une courroie qui lui coupait le souffle. Les naseaux ouverts, elle cherchait son air. 
Comment expliquer autrement que cette brave monture, d'un bon tempérament, ait tout fait pour éjecter son cavalier qui ne l'agressait d'aucune façon?
Jean Panneton
Trois-Rivières