Révisez la Loi sur le tabac

Lettre aux chefs de partis.
Qu'attendez-vous pour stopper l'épidémie qui décime 28 Québécois par jour?
Madame Marois, monsieur Couillard, monsieur Legault, vous êtes tous chefs de parti et anciens ministres de la Santé du Québec. À ce titre, vous ne pouvez pas ignorer que le tabac tue 28 Québécois par jour, plus de 10 000 personnes par an, ce qui constitue une «épidémie industrielle manifeste» selon le Dr Couillard. Des décès qui ne font pas les manchettes, mais qui sont tous évitables. C'est là que réside le scandale. Si un tueur menaçait de la sorte la population québécoise, tout serait mis en oeuvre pour le mettre hors d'état de nuire. Mais les questions de santé ne sont pas toujours spectaculaires. Vous avez la responsabilité de la protection des citoyens, il est urgent de réviser la Loi sur le tabac.
L'appui populaire y est: 88 % des Québécois souhaitent qu'on empêche l'industrie du tabac de rendre ses produits attrayants pour les jeunes; 82 % des Québécois veulent un moratoire sur les nouveaux produits; 76 % des Québécois appuient l'interdiction de l'aromatisation du tabac. Plus de 54 000 Québécois ont signé la pétition de la Société canadienne du cancer demandant la révision de la loi. Pourquoi des mesures qui font l'unanimité tardent-elles tant?
Nous savons pourtant ce qu'il nous en coûte de ne pas agir... Année après année, le tabagisme coûte à l'État 4 milliards de dollars annuellement et rapporte à peine 900 millions de dollars en taxes.
Pourtant, l'industrie renouvelle sa clientèle; pour chaque fumeur qui cesse ou décède, un jeune devient accro. Nos enfants commencent à fumer en moyenne à 12 ans et demi! Encore aujourd'hui, un Québécois sur trois de 20 à 34 ans est fumeur. On tourne en rond. Les groupes antitabac et la mobilisation citoyenne qu'ils suscitent en sont-ils réduits à diffuser une petite musique de fond que personne n'entend plus?
L'encadrement des produits du tabac n'a pas été revu depuis 2005, soit une éternité, ce qui a donné tout le temps nécessaire à l'industrie pour exploiter les failles de la loi.
L'industrie développe sans relâche de nouveaux produits pour recruter de jeunes consommateurs et, dans certains cas, exploite un flou réglementaire. Monsieur Legault estimait fort à propos en mai dernier que les saveurs, «c'est très néfaste pour les jeunes. Ça les incite à consommer ce qu'eux pensent être presque des bonbons, mais finalement ce sont des cigarettes très nocives.»
Madame Marois, monsieur Couillard, monsieur Legault, les citoyens vous ont donné le pouvoir de mettre fin au fléau qu'est le tabagisme, ils attendent aujourd'hui que vous exerciez vos responsabilités de législateurs. Révisez la Loi sur le tabac.
Sylvie Poissant
Directrice par intérim Société canadienne du cancer