Les manifestations pour faire libérer Raif Badawi ont été nombreuses au cours des dernières années. Celle-ci a eu lieu à Trois-Rivières en septembre dernier.

Raif Badawi, quel homme de conviction!

Le 17 juin 2012, Raif Badawi a été arrêté et incarcéré en Arabie saoudite. Grâce à l’esprit d’ouverture du prince héritier qui veut moderniser son pays, il semble que son nom soit sur une liste pour être gracié. Rappelons les faits.

D’après des extraits de ses textes publiés sur Internet, il a heurté de front certaines convictions profondes, et cela dans un des pays arabes des plus rigoristes et conservateurs et où on ne badine pas avec la religion!

Ainsi, il a écrit que la femme devrait pouvoir travailler au même titre que l’homme. En prônant l’indépendance financière aux Saoudiennes, la femme pourrait s’affranchir de la tutelle de l’homme. Cet affranchissement pourrait lui conférer une liberté civique et dans certains cas une position égale à celle de l’homme. Or, selon le Coran, la femme dans la famille doit être soumise à l’homme. La prise de position de Badawi soulève donc plusieurs questionnements qui ébranlent le système patriarcal très rigide du régime saoudien.

Il a aussi écrit que les musulmans de l’Arabie saoudite ne respectent pas les croyances d’autrui; pire, ils considèrent les autres comme des apostats… L’islam est considéré par les musulmans comme la religion par excellence, au-dessus de toutes les autres et voilà que Badawi la réduit au même niveau que les autres. C’est donc rabaisser l’islam, voire le dénigrer, ce qui est inacceptable aux yeux de tout bon musulman.

Badawi a écrit aussi qu’il ne veut pas remplacer Israël par une nation islamique dont le seul souci serait de promouvoir une culture de mort et d’ignorance… L’islam est-il une culture de mort? D’ignorance? Le Coran est le livre sacré des musulmans puisqu’il contient la parole d’Allah. Les mollahs ont condamné ces propos blasphématoires.

Il est difficile pour les Occidentaux non musulmans de comprendre la gravité de ces propos aux yeux des musulmans, surtout les très rigoristes comme le sont la plupart des Saoudiens.

Nous ne disons pas que Badawi a mal fait de s’exprimer, mais qu’il a choisi le pire endroit pour le faire. Il connaissait les dogmes sacrés du Coran et à coup sûr les us et coutumes de son pays. Il savait donc que les idées qu’il prônait comporteraient de sérieuses difficultés à être tolérées. Sa détermination à maintenir ses positions, porte à croire qu’il était prêt à assumer les très grands risques qu’il encourait.

Sommé par les autorités de fermer son blogue, Badawi ne se résigne pas, il affronte. Traîné en cour, il est condamné à dix ans d’emprisonnement, à 1000 coups de fouet et à 200 000 $ d’amende pour insulte à l’islam. Plus tard, on rajoutera une autre condamnation, celle d’apostasie (quelqu’un qui abjure sa foi en Arabie saoudite est passible de la peine de mort).

Ce qui étonne cependant, c’est sa force contre la douleur. Lui, un homme frêle, accepte sans gémir les premiers 50 coups. Il serrait les dents contre la douleur. Les images nous montrent tout le dos endolori comme une plaie ouverte.

Et quelle prestance devant ses juges! La peine de mort avait déjà été requise contre lui s’il «ne se repentait pas devant Dieu» et «ne renonçait pas à ses convictions libérales»; il aurait répondu: «tout le monde a le droit de croire ou non». Voilà ce qui s’appelle aller au bout de soi-même.

À ce titre, Badawi devient le porte-étendard d’une cause. Il prône un réel désir de changement, avec l’espoir que son cri du cœur aboutisse à la réflexion et suscite chez ses compatriotes l’opprobre d’un extrémisme religieux aberrant.

Il reste à espérer que par son combat et sa dénonciation de l’intransigeance et de l’extrémisme religieux, Badawi aura semé, à l’égal des philosophes du Siècle des Lumières, les graines à la fois des progrès humanistes et de la liberté religieuse et d’expression dans son pays.

Voilà qu’après plus de cinq ans de détention, les efforts de sa femme et la solidarité de nombreux groupes internationaux font entrevoir une éventuelle libération. Il serait plus que temps.

Roger Greiss

Shawinigan