Quelle place aux Premières Nations dans l'avenir du Québec?

Lettre aux candidats de Laviolette Julie Boulet (PLQ), André Beaudoin (PQ), Sylvain Gauthier (CAQ) et Jean-François Dubois (QS)
Dans le cadre de la présente campagne électorale, les questions qui concernent les Premières Nations figurent très loin dans la liste des enjeux. J'en suis bien conscient et n'en suis pas surpris. Je me permets donc de vous écrire afin de vous donner une occasion de vous prononcer publiquement sur la place que vous réservez aux Premières Nations, plus précisément aux Atikamekw; afin que, durant cette campagne, nous soyons un peu moins considérés comme des «peuples invisibles».
Dans votre réponse, je vous invite à préciser la manière dont vous comptez atteindre vos objectifs. Parce que nous connaissons les beaux discours et toutes les bonnes intentions des politiciens. Malheureusement, force est de constater que, depuis 40 ans, au-delà des discours politiques, rien n'a concrètement changé. Encore très récemment, dans le cadre d'une négociation avec le gouvernement du Québec débutée avec les libéraux et poursuivie avec les péquistes, on a pu constater que les gestes ne suivent pas toujours les paroles. Dans notre culture atikamekw, la parole est sacrée et commande le respect.
J'avais donc de grandes attentes, tout comme les membres de ma communauté, à l'égard de cette négociation qui devait nous amener vers une nouvelle relation de nation à nation... pour l'instant, on ne nous offre qu'une simple entente administrative, en précisant que le Québec n'a pas les moyens de répondre à certaines de nos demandes légitimes.
On ne peut pas nous accuser d'être capricieux, ni trop gourmands, nous qui avons subi plus que d'autres le colonialisme et les politiques d'assimilation. La comparaison entre notre condition de vie et celle de la population québécoise est frappante. Un écart important nous sépare, mais peu de personnes semblent s'en émouvoir. Entre autres statistiques:
° Un adulte sur deux est dépendant de l'aide sociale
° Deux femmes sur trois ont un revenu inférieur à 10 000 $
° Le diabète est de deux à trois fois plus fréquent
° Le risque de vivre, dès sa plus jeune enfance, des situations de pauvreté, de négligence et de placement est de trois à cinq fois plus élevé
° L'espérance de vie est de 62 ans
° Un taux critique de surpeuplement
L'injustice qui se perpétue à l'égard des Atikamekw et qui nous maintient dans une situation inéquitable par rapport aux autres Québécois n'est bonne pour personne. Il est plus que temps que les Québécois et les Premières Nations soient de réels partenaires dans le développement de la société. Madame, messieurs, vous devez nous proposer une relation plus porteuse.
Pour commencer, il faudra bien que les représentants de l'État cessent de fermer les yeux sur nos droits ancestraux et notre titre aborigène. Nous n'avons jamais cédé nos droits sur le Nitaskinan, notre territoire ancestral, qui a permis au Québec de s'enrichir alors que ma communauté demeure l'une des plus pauvres du Québec.
Après plus de 40 ans de revendications territoriales non réglées, je crois que notre patience a été largement éprouvée. Nous pouvons retourner devant les tribunaux s'il le faut, mais je préférerais un dialogue constructif et respectueux avec le gouvernement du Québec. Comme chef de ma communauté, je suis disposé à prendre les moyens nécessaires pour conclure des ententes comme celle de La Paix des Braves avec les Cris. Je suis motivé à engager un nouveau dialogue qui permettrait aux Atikamekw de devenir des acteurs du développement économique régional. Car, notre ambition n'est pas de bloquer le développement des ressources, mais d'assurer que ce développement s'effectue en respect de nos droits. Nous-mêmes avons des projets et souhaitons les développer.
J'attends votre réponse avec impatience. Mekwetc.
Christian Awashish
Chef du Conseil des Atikamekw d'Opitciwan
Christian Awashish
Chef du Conseil des Atikamekw d'Opitciwan