«Que leurs volontés soient faites!»

Récemment, saint Pierre m'a fait visiter son coin de paradis.
Malgré que son jardin fut un véritable éden et que je fus aux anges, j'ai préféré, comme tout bon diable, vivre encore quelque temps l'enfer des hommes.
Je dois mentionner que le port de la soyeuse toge blanche me conférait beaucoup de prestige pour le commun des mortels que je suis et qui ne s'était pas confessé avant de se présenter là-haut. 
De plus, cette longue jaquette, comme la «chemise d'hôpital» doit être nouée par l'arrière; alors que j'ai revêtu le saint vêtement par l'avant! Inutile de vous dire que les anges et le vieillard, à la longue barbe blanche, ont tiqué en constatant que les fentes, entre les cordonnets d'attache, exhibaient une partie intime de mon anatomie. 
Non! Comme tous se mouraient de rire, face à mon ridicule accoutrement, j'ai alors opté pour que mon âme jouisse ultérieurement de cette béatitude éternelle. Humilié, j'ai donc quitté en toute hâte ce lieu saint. 
À mon retour, m'attendait la lourde tâche de répondre aux multiples questions sur l'au-delà. Plusieurs interrogations étaient soulevées, notamment la «question qui tue»: «Papa, avais-tu fait rédiger ton testament et tes dernières volontés?».
J'étais mort de peur de répondre malgré que je dispose d'un testament et que mes intentions y sont exprimées. J'ai alors décidé d'exposer les critères sur la manière inhabituelle dont j'avais planifié les suites de mon décès.
Mes dernières volontés! Vous savez, dis-je à mes enfants, mes dernières volontés... ne sont pas les miennes; elles sont les vôtres! Je vous explique mon raisonnement par une simple question: «Qui vivra le deuil?». Votre réponse est la raison du choix de mes dernières volontés!
Du temps des croque-morts, à l'époque où l'employé des pompes funèbres mordait le gros orteil du défunt pour se rassurer, les gens avaient une tendance égocentrique à exprimer leurs dernières volontés comme si cela était une dette que leurs proches avaient contractée envers eux.
Autres temps, autres moeurs... et comme «il est plus difficile de désagréger un préjugé qu'un atome», disait Einstein, il n'est pas évident de changer une façon de faire ancestrale.
Je préfère considérer davantage le respect d'autrui plutôt qu'imposer mes dernières volontés. 
Ce sont les «proches» qui vont vivre le deuil du «cher disparu»! Dans les circonstances, pourquoi déciderais-je d'imposer mes dernières volontés? Ne serais-je point mort au moment de mes obsèques, de la cérémonie solennelle et de tous autres éléments funèbres?
Je pense donc que les dernières volontés devraient être déterminées par «ceux-qui-restent» et qui auront été désignés par le défunt. 
Aussi, comme on ne connaît pas généralement le moment de notre trépas; inutile de préciser aujourd'hui ce que les «décideurs de volonté» souhaiteraient vivre comme ultimes salutations. Ils détermineront, lors du décès et selon les circonstances, les options qui correspondront le plus à leur état d'âme du moment et aux peines ressenties. 
Et... de toute façon, le choix des dernières volontés est relativement limité et correspond à deux options comportant «quelques variantes»: la «p'tite boîte de carton cirée... et la flambette» ou «l'empaillage et les braillettes pendant trois jours»!
Alors, pourquoi ne pas offrir aux «vivants» la possibilité de gérer eux-mêmes l'organisation de cet événement afin qu'ils vivent sereinement cette pénible et inévitable (ou libératrice dans certains cas!) séparation de «l'être aimé»?
Enfin, comme de toute évidence je ne serai que spectateur et non acteur de mes funérailles: que les «premières volontés» de mes enfants soient alors faites! 
Ainsi soient-elles!
Jean Paquette
Trois-Rivières