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Quand un vendeur d’insecticide manque d’arguments, il traite les citoyens de menteurs

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
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OPINIONS / Dans une lettre publiée le 15 janvier dernier dans le journal Le Droit, Richard Vadeboncoeur, vendeur et lobbyiste de la plus grosse compagnie d’épandage de l’insecticide Bti au Québec, prétend que les citoyens qui sont contre cet épandage «véhiculent des faussetés». 

Est-ce qu’il nous traite de menteurs? Et il ose ajouter que les écologistes ont une vision «simpliste»!

Malheureusement, pas un mot sur ce que seraient ces énoncés mensongers. Il aurait dû, nous pourrions nous corriger…

Une phrase qu’on entend souvent de ces vendeurs d’insecticide est que «le Bti a toujours été considéré comme ayant un très faible impact collatéral». Je vous invite à mieux vous informer, car depuis plus de dix ans, nous pouvons facilement trouver de multiples études qui démontrent le contraire. Notamment, Boisvert et Boisvert, 2000, Lajmanovich et al., 2015, Poulin et Lefebvre, 2018, Theissinger et al., 2019, Allgeier et al., 2019 et tout récemment, Langlois de l’INRS, fin 2020.

Il nous demande à nous, fauteurs de troubles, de mener une vraie bataille, comme, dit-il, «la perte de milieux humides et de la biodiversité dans les villes». C’est pourtant ce que nous faisons. Nous essayons de protéger les milieux humides de l’épandage d’insecticide, parce que c’est exactement là que le Bti est épandu, dans les milieux humides et non en ville.

En février 2020, à la conférence de la biologiste Annie Raymond à Trois-Rivières, M. Vadeboncoeur parlait de «près de 1000 études favorables au Bti» à la journaliste de Radio-Canada. Dans la lettre du 15 janvier dernier, ce dernier nous parle de centaines d’études favorables au Bti. Peut-être que l’année prochaine il n’en restera plus, qui sait?

Une autre phrase que nous entendons souvent est: «C’est facile pour des citoyens organisés de faire pression sur les élus municipaux parce qu’ils sont très accessibles». Il faut savoir que ces citoyens «dérangeants» font ce travail bénévolement. Nous n’avons pas comme vous cinq lobbyistes à notre solde pour faire des «pitchs» de vente aux élus municipaux, au ministère de l’Environnement et au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Nous n’avons pas non plus les moyens de nous payer le cabinet de relations publiques National (Québec) inc. comme lobby pour aller influencer le gouvernement du Québec. Facile vous dites?

Dans sa lettre, le représentant véhicule l’idée que «l’utilisation [du Bti] n’a aucun impact sur l’équilibre de la chaîne alimentaire. C’est l’équivalent de rentrer dans un buffet». Pourtant, 40 % des espèces d’insectes sont en déclin actuellement à travers le monde. Le buffet des insectes se vide à vitesse grand V.

Il faudrait expliquer à la population pourquoi des citoyens bénévoles travailleraient à mentir sur ces produits. Ce qui est sûr, c’est que de notre côté, nous n’avons rien à vendre. Au contraire, nous donnons de notre temps pour la sauvegarde de l’environnement et de la biodiversité. Gratis!

Enfin, dans cette lettre, nous apprenons quelque chose que nous cherchions à savoir depuis quelque temps. Que la compagnie «n’arrose pas une ville au complet. On intervient habituellement sur moins de 2 % du territoire d’une ville.» C’est dire alors que, à Trois-Rivières, pour 1,2 million $ par année, la compagnie arrose 2 % du territoire. N’est-ce pas cher payé pour arroser environ 7 kilomètres carrés?

Christiane Bernier
Nicole Morin
François Champoux

Trois-Rivières