Philippe Couillard

Quand on veut enseigner aux dictateurs

OPINIONS / On s’émeut d’apprendre que Philippe Couillard, alors ministre de la Santé et des Services sociaux, ait eu le dessein d’apprendre des choses au fils d’un dictateur libyen?

Sachons qu’en 1773, Denis Diderot, l’âme de l’Encyclopédie française, se rendit rencontrer en Russie Catherine II. Celle-ci n’était pas une enfant de chœur ayant, une dizaine d’années auparavant, fait assassiner son mari Pierre III par un bataillon à la tête duquel se trouvait son amant.

Diderot, tant bien que mal, tente d’éclairer l’impératrice de toutes les manières.

Il est resté de ces entretiens un ouvrage composé d’une soixantaine de petits traités qui firent 400 pages.

Il lui parle, entre autres, de l’éducation des jeunes filles, de la propreté urbaine, du divorce, de la monnaie et lui suggère même un moyen (voyez-vous ça!) de tirer parti de la religion afin de la rendre bonne à quelque chose!

Au retour, l’être le plus allumé du siècle des Lumières laisse entendre que Catherine II est admirable; il est acclamé de toutes parts par ses admirateurs mais il sait bien que ses enseignements n’auront d’aucune chance d’être suivis.

En privé, il confie: «Je serais un ingrat si j’en disais du mal. Je serais un menteur si j’en disais du bien.»

Réjean Martin

Trois-Rivières