Dans la série 13 Reasons Why, Hannah Baker explique sur des cassettes audio les 13 raisons et circonstances qui l'ont poussée à mettre fin à ses jours.

Quand le petit écran s'improvise psychologue

La polémique que soulève la récente série 13 Reasons Why - ou 13 Raisons en français - en inquiète plus d'un.
Sortie en mars dernier, la série traite explicitement du suicide. Elle met en scène Hannah Baker, une adolescente ayant mis fin à ses jours, qui laisse derrière elle des cassettes audio à ceux qui l'auraient poussée à passer à l'acte. Intimidation, agressions sexuelles, médias sociaux, relations amoureuses, tous les sujets chauds de l'heure y sont abordés. 
On ne cache rien. On voit clairement Hannah Baker baigner dans son sang, dans le bain, les veines ouvertes. Certains adolescents se disent contents de savoir qu'on ne leur cache rien et qu'on leur présente les faits tels qu'ils le sont.
Toutefois, les experts craignent une même chose: présenter le suicide de la sorte peut avoir un effet d'entraînement plutôt qu'un effet dissuasif.
«Ça peut être très dangereux de mal parler du suicide et, dans le cas de cette série, on franchit la ligne», soutient Jérôme Gaudreault, directeur de l'Association québécoise de prévention du suicide (AQPS).
Certes, on ne peut pas agir comme si la série n'existait pas, on doit lui faire face. L'interdire aurait un effet contraire chez les jeunes, ils seraient d'autant plus tentés de l'écouter. 
D'entrée de jeu, les cassettes sont présentées comme une explication au suicide du personnage principal. Il est aberrant de prétendre pouvoir expliquer en treize simples raisons la mort de quelqu'un. La série est à peine entamée qu'on lui donne déjà un ton vengeur. À mon humble avis, j'ai l'impression qu'on présente treize raisons pour lesquelles il est acceptable de se suicider.
Je crois être bien placé pour exprimer mon point de vue. Je suis un adolescent de 15 ans qui fréquente quotidiennement un établissement d'enseignement secondaire. Je baigne parmi les jeunes en admiration devant l'intrigue de cette série que je considère pourtant comme étant une erreur, quasiment. J'ai aussi connu le suicide. Un de mes proches est passé à l'acte, il y a de ça quatre ans. 
Je tiens d'abord à préciser que je n'ai pas visionné la série intégralement. Je ne l'ai fait qu'en partie et à contrecoeur dans le but de savoir de quoi je parle. Je refuse de l'écouter au complet. Ça irait à l'encontre de mes principes que d'encourager une série qui contribue à la surexposition du suicide. Je trouve même immoral que l'on accepte de diffuser 13 Reasons Why. Je considère plutôt cette série comme étant la goutte qui fait déborder le vase. 
D'abord, je considère le suicide surexposé autant au petit qu'au grand écran. On le voit à toutes les sauces. Il a été brièvement abordé dans le succès District 31, nous avons vu une tentative de suicide dans Ruptures, le téléroman O' a présenté une tentative de suicide et une pendaison; bref, il est exposé et peut-être trop. Le suicide est présenté aux jeunes et aux moins jeunes, selon moi, de la mauvaise façon, ce qui m'amène à mon deuxième point.
Il est présenté comme une issue. L'histoire est classique: un jeune, habituellement au secondaire, a des problèmes avec sa famille, ses amis ou est très renfermé. Quelques jours plus tard, un de ses parents le retrouve, décédé. Le parent est atterré.
Chaque fois qu'on aborde le sujet, c'est comme si on disait aux jeunes: «As-tu des problèmes dans tes relations interpersonnelles? Aimerais-tu que ça cesse? Si oui, tu peux toujours te tourner vers le suicide.» Ça va complètement à l'encontre du slogan de l'AQPS «Le suicide n'est pas une option».
Je veux bien croire que nous sommes dans une société où l'on prône la liberté d'expression des écrivains et des auteurs, mais des limites s'imposent. Je suis d'avis que ce n'est pas en le cachant et en évitant d'en parler qu'on avancera, mais il n'est peut-être pas présenté de façon adéquate. Il ne s'agit pas d'une porte de sortie, au contraire. 
En conclusion, même si je clame haut et fort à une problématique majeure, je n'ai malheureusement pas de solutions concrètes. Ce n'est assurément pas en le censurant qu'on progressera. On doit par contre savoir reconnaître qu'une série comme 13 Reasons Why dépasse les limites de l'acceptable.
Peut-être est-ce ce qu'il faut pour réveiller certaines personnes quant au réel enjeu qu'est le suicide? Mon but n'est pas de vous empêcher de visionner la série. Faites-le si vous en avez envie. Or, il faut être conscient du danger que cela représente pour les jeunes à qui celle-ci s'adresse. Oui on sensibilise, mais on se trouve aussi à ébranler les jeunes aux idées noires plutôt que de les dissuader. Gérons cette crise avant qu'il ne soit trop tard.
Battons le fer pendant qu'il est encore chaud. Certains diront que j'abuse de la tribune que me donne Le Nouvelliste, mais je ne fais que lancer un appel concernant une situation plus qu'alarmante.
Samuel Rousseau
Trois-Rivières