À Trois-Rivières, l’inondation à deux reprises d’une partie du boulevard des Récollets ainsi que les déversements dans la rivière Saint-Maurice, ont marqué les esprits.
À Trois-Rivières, l’inondation à deux reprises d’une partie du boulevard des Récollets ainsi que les déversements dans la rivière Saint-Maurice, ont marqué les esprits.

Quand l’averse force la surverse des eaux usées

OPINION / L’auteure, Lauréanne Daneau, est directrice d’Environnement Mauricie.

Le ressac de la tempête Isaias au Québec a occasionné d’importantes averses en l’espace d’une semaine et, par conséquent, des rejets d’eaux usées dans l’environnement, appelés surverses. À Trois-Rivières, l’inondation à deux reprises d’une partie du boulevard des Récollets ainsi que les déversements dans la rivière Saint-Maurice, ont marqué les esprits.

Une problématique nationale

Le cas de Trois-Rivières n’est pas unique. À titre indicatif, la Fondation Rivières rapporte qu’en 2018, les municipalités du Québec ont effectué 53 645 surverses dans les cours d’eau, soit l’équivalent de 147 débordements par jour.

Plusieurs facteurs sont en cause. Les infrastructures vieillissantes d’assainissement des eaux usées sont inadaptées pour recevoir autant d’eau. Avec l’imperméabilité des sols (routes et stationnements asphaltés), l’eau pluviale peine à s’infiltrer dans le sol et ruisselle plutôt dans les puisards. En période d’averses, la pression sur les réseaux combinés est si forte que les excédents doivent être évacués pour éviter des refoulements dans les bâtiments.

La destruction des milieux naturels due au développement urbain partout au Québec est un autre facteur. De par leurs fonctions écologiques, ils agissent comme une éponge qui ralentit l’écoulement de l’eau de surface. En bordure du boulevard des Récollets, il y avait jusqu’aux années 1990 un milieu humide. Est-ce que la perte de cette éponge écologique a contribué à l’inondation des derniers jours? La question se pose.

Par ailleurs, un coup de main national est réclamé au Gouvernement du Québec. Dans le contexte de la relance économique, 45 organismes proposaient en juin dernier d’amorcer un Grand chantier de l’eau propre pour moderniser les infrastructures d’assainissement des eaux usées. Selon une étude d’impact économique du ministère de l’environnement (2013), un tel chantier pourrait s’échelonner sur 30 ans et valoir près de 9,5 milliards $.

Le pouvoir des municipalités

Les municipalités peuvent toutefois agir en amont. À ce sujet, le Regroupement national des organismes de bassins versants du Québec a produit un excellent outil d’aide à la décision: Autodiagnostic municipal en gestion des eaux pluviales.

Le principe phare du document est de favoriser un écoulement lent des eaux par des méthodes de rétention. Une ville peut ainsi réduire la largeur des rues et créer des noues de biofiltration. Elle diminue la superficie asphaltée et provoque une dépression dans le sol pour diriger la pluie vers des plates-bandes aux végétaux ayant des propriétés filtrantes. À Trois-Rivières, la rue Saint-Maurice est un bel exemple qui gagnerait à être reproduit.

La réglementation concernant les stationnements est partiellement sous le pouvoir des municipalités. Ainsi, les urbanistes peuvent se référer à la norme Lutte aux îlots de chaleur urbains – Aménagement des aires de stationnement (BNQ 3019-190) et modifier les exigences imposées aux promoteurs. Dans les secteurs commerciaux, la réduction du nombre de cases de stationnement selon les besoins réels d’achalandage, l’utilisation de revêtements perméables (asphalte et béton poreux) et la création d’aires de rétention végétalisées contribuent significativement à favoriser l’infiltration de l’eau dans le sol.

Et l’action citoyenne

Les citoyens ont également plusieurs actions à leur portée.

1. Cesser de jeter des objets solides dans la toilette (condoms, applicateurs à tampon, lingettes humides, etc.). Lors des déversements, ces objets ne sont pas filtrés et se trouvent directement dans la nature ou occasionnent des bris dans les stations de pompage;

2. Réduire la consommation d’eau. Corvée de lessive reportée, douches de courte durée et vaisselle lavée à la main sont des actions qui favorisent une diminution des eaux sanitaires qui, dans plusieurs secteurs de la ville, sont combinées aux eaux pluviales;

3. Diriger l’eau récupérée par les gouttières vers des végétaux. Si votre gouttière pointe sur l’asphalte, la pluie est détournée du sol et se retrouve dans les conduites pluviales déjà saturées;

4. Participer à l’augmentation du couvert végétal urbain en plantant des arbres, arbustes et potagers;

5. S’assurer du bon fonctionnement de la plomberie (clapet anti-retour) domestique.

Au final, tout le monde a un pouvoir d’agir.