Quand l'amour ne va plus

L'actualité des derniers jours nous a tous placés au coeur même de la tragédie que vivent certains couples. Édith Bolduc est décédée dans la nuit du vendredi au samedi 1er octobre, violentée par son conjoint. De quelle façon une relation amoureuse qui semblait remplie de belles promesses peut-elle se transformer en relation de violence?
En général, dans une relation harmonieuse, chacun a la possibilité de s'épanouir. Lorsque la relation est basée sur le contrôle, les tensions s'installent petit à petit: des attentions si affectueuses du début, maintenant, le conjoint reproche, blâme et critique la femme, il ne la considère plus dans ce qu'elle est dans sa différence.
Les médias nous informaient que le présumé meurtrier avait déjà fait preuve de violence envers la victime. Un drame prévisible selon la famille de la victime. Derrière le meurtre conjugal se cache souvent une longue relation de violence, de domination et de contrôle dans lequel l'homicide conjugal n'en est que le triste aboutissement.
L'homicide conjugal n'est pas un acte isolé, impulsif et désespéré. Ce n'est pas un drame passionnel, ni un acte de désespoir, ni une perte de contrôle, ni un geste d'amour. C'est la pointe de l'iceberg qui cache bien souvent des années de violence, de domination et de contrôle.
Selon les parents, la victime refusait de quitter le conjoint. Ils avaient tenté de la convaincre de partir, sans y réussir. Combien de taloches faut-il avant que la femme décide de quitter? Malheureusement, dans la société actuelle, on juge encore qu'on n'est pas victime de violence conjugale si le conjoint ne frappe pas. La violence conjugale n'est pas que physique.
Elle est aussi psychologique, spirituelle, économique, sociale, verbale et sexuelle.
Vous vous dites que si vous étiez dans une telle situation, vous auriez réagi autrement, tout de suite, en quittant. Sachez que les techniques de contrôle d'un agresseur ont plus d'une fois fonctionné auprès de la famille, des amis et des professionnels. Personne n'est à l'abri de se retrouver sous l'emprise d'un conjoint à comportement violent.
Plusieurs raisons peuvent faire en sorte que la femme demeure dans une situation d'ambivalence et hésite à dénoncer le climat de violence dans lequel elle vit ou à quitter son conjoint. Certaines femmes ont peur que la moindre de leurs actions n'ait pour effet d'empirer la situation. Ces peurs sont parfaitement légitimes et, dans plusieurs cas, les aident à se protéger.
Les raisons de se taire, de ne pas dénoncer sont nombreuses, souvent fort complexes et profondément imbriquées dans ce que la personne a de plus intime. Le processus de rupture est parfois marqué par de nombreux départs et retours. Il faut surtout éviter de juger les décisions de la femme.
Comment aider la femme à s'en sortir? Vous pensez qu'une femme de votre entourage est victime de violence conjugale? Soyez disponible, ouvert, à l'écoute, sans jugement, et ne banalisez pas la violence qu'elle vit. Il est important de référer la femme vers les ressources pouvant lui venir en aide adéquatement (policiers, maisons d'hébergement, SOS Violence conjugale) et éviter de se mettre en danger.
La Maison Le FAR vient en aide aux femmes éprouvant des difficultés et victimes de violence conjugale ainsi qu'aux enfants qui les accompagnent. Notre service Aide aux proches offre soutien et écoute à l'entourage des victimes. Tous nos services sont gratuits et confidentiels. La violence à l'égard des femmes et des enfants constitue un problème grave dont les conséquences s'avèrent terribles sur le plan humain, social et économique.
À tout instant de leur vie, des femmes sont exposées à diverses formes de violence, et trop souvent elles les subissent dans le silence. La lutte à la violence concerne chacun de nous. Dénoncer la violence, c'est contribuer à l'égalité des droits des femmes, des enfants, des hommes.
Nous offrons nos sympathies à la famille d'Édith Bolduc.
Johanne Lemay
Maison Le FAR