Yves-François Blanchet

Quand la Ville de Shawinigan s'improvise dans le commerce d'équipements

La saga de l'éphémère Tag.Media revient à l'ordre du jour grâce à l'intervention courageuse de Diane Borgia lors de la séance du conseil de ville du 22 août 2017 et qui a fait l'objet d'un excellent reportage de Guy Veillette dans Le Nouvelliste du lendemain. Il y est démontré encore une fois la présence incessante de la promiscuité, du copinage et de la compromission qui suintent à l'intérieur des murs de l'hôtel de ville. Dans ce dossier, le conflit d'intérêts est flagrant.
Résumons les faits: Yves-François Blanchet, ex-député et ministre à l'Assemblée nationale, fonde avec un associé une nouvelle entreprise Tag.Media qui reçoit un prêt de 35 000 $ du CLD de Shawinigan, remboursable à 100 % portant intérêt à 5,85 % annuellement. L'entreprise est logée dans les locaux de Digihub dont la présidente est Nancy Déziel, conseillère municipale et épouse de Yves-François Blanchet. L'éphémère entreprise meurt au bout de deux mois d'activités. Elle négocie un an plus tard avec le conseil de ville de nouvelles modalités de remboursement du prêt consenti par le défunt CLD telles qu'exposées ci-après.
Monsieur le maire, comment avez-vous pu entériner une décision prise en Conseil exécutif qui a permis que la Ville rachète pour une valeur de 12 000 $ des articles de bureau et des équipements usagés dont elle n'avait pas besoin, pour réduire d'autant la dette de Blanchet et de son associé. Une ville qui s'immisce dans le commerce d'équipements usagers? On se croirait dans une vente de garage. Comment avez-vous pu autoriser que Yves-François Blanchet qui n'avait fait aucun déboursé sur sa part de caution de 11 500 $ plus d'un an après la fermeture de son entreprise ait obtenu le privilège insensé d'en étaler les remboursements sur trois ans et ce, sans intérêts, alors que le contrat initial prévoyait des intérêts annuels de 5,85 %? Pourquoi faire un tel cadeau au conjoint d'une de vos conseillères municipales, Nancy Déziel? La décision controversée du conseil de ville de consentir à l'unanimité comme d'habitude un traitement de faveur injustifié, et ce, au bénéfice d'un citoyen en principe aisé sur le plan financier est scandaleuse. 
Monsieur Blanchet, comment avez-vous pu même penser à quémander un traitement de faveur pour une somme aussi dérisoire, compte tenu du niveau de vos revenus que l'on peut imaginer? Comme tous vos concitoyens de Shawinigan, y compris ceux qui n'ont pas vos moyens financiers, vous auriez pu vous adresser à la caisse populaire de votre quartier. Et que penser de votre intervention déshonorante qui vous fait dire qu'il s'agit d'une «chasse aux sorcières»? Et vous en rajoutez une couche en tirant sur le messager plutôt que de répondre de vos actes. Quelle dose de courage ça prend, M. Blanchet, pour accuser une citoyenne engagée de manquer de courage tout en lui faisant un procès d'intention issu de nulle part? Rien de nouveau sous le soleil, l'histoire se répète. J'ai d'ailleurs déjà joué dans un film similaire lorsque le maire Angers m'avait qualifié de «citoyen frustré à l'esprit revanchard», à la suite de l'émission Enquête de Radio-Canada du 27 mars 2012.
Et que dire de l'amateurisme et du laxisme du directeur du défunt CLD, Luc Arvisais, qui a octroyé un prêt à un politicien-chroniqueur reconverti en entrepreneur, sur la base d'un plan d'affaires qui à l'évidence ne tenait pas la route. 
Les réponses ambiguës du maire aux questions soulevées par Diane Borgia lors de la séance du conseil comportaient de nombreuses approximations et contre-vérités qui s'apparentent à une opération de camouflage. À quand un vérificateur général à Shawinigan? J'entends encore l'argument-choc du maire Angers expliquant son refus d'en recruter un, estimant que la présence d'un vérificateur n'avait pas empêché l'énorme scandale à Laval. Je vous soumets que le seul parallèle qu'on peut faire entre Shawinigan et Laval est la réélection automatique et répétée d'un maire plébiscité, hautement populaire, autoritaire et sans opposition au conseil de ville. Toute autre comparaison serait farfelue. 
En conclusion, même si les montants en cause sont relativement minimes, cela ne diminue en rien l'énormité du scandale.
Michel Blanchet
Trois-Rivières