Simon Jolin-Barrette Minister of Immigration, Diversity and Inclusiveness arrives to unveil new measures, including a test for immigrants, Wednesday, October 30, 2019 at the legislature in Quebec City. . THE CANADIAN PRESS/Jacques Boissinot

Quand la politique à courte vue et la contrainte de forts revenus annuels affectent directement le bon sens

OPINIONS/ L’auteur, Pierre-André Julien, est professeur émérite à l’Université du Québec à Trois-Rivières et rattaché à l’Institut de recherche sur les PME.

Je n’ai pas l’habitude d’écrire deux fois de suite pour les journaux, afin de laisser la chance aux autres. Mais l’actualité fait que le changement de politique du gouvernement envers les étudiants étrangers, changement heureusement mis de côté pour respecter les droits acquis, mais non pour les prochains étudiants, de même que la mini-crise due aux grands vents de vendredi dernier liée à un certain aveuglement d’Hydro-Québec, me poussent à réagir à nouveau, tout en m’excusant.

Dans le premier cas, le ministre Jolin-Barette ne semble pas comprendre que la question de la pénurie de main-d’œuvre ne se réglera pas avec une vision purement de court terme. Comme nous l’avons constaté à plusieurs reprises dans nos rencontres avec les industriels. Alors que nous leur demandions quels types d’employés auraient-ils besoin dans trois ou quatre ans. Et chaque fois, ils étaient incapables de le dire, étant donné les changements constants dans la technologie et dans l’évolution de la concurrence. Ce qui nous faisait comprendre que les meilleures politiques de main-d’œuvre reposaient sur les polyvalentes, les cégeps et les universités offrant des programmes avec des cours variés allant au-delà des techniques d’aujourd’hui, y compris la philosophie ou la littérature. Afin que les jeunes qui obtiendront leurs diplômes plusieurs années plus tard puissent s’adapter rapidement à ces changements.

Un des exemples qui nous avaient frappé est une de nos meilleures PME de l’industrie métallique dans laquelle nous sommes intervenus à plusieurs reprises pour l’aider à moderniser sa production. Entreprise qui payaient à tous ses nouveaux employés un cours de français et un cours de mathématiques. Le premier, pour bien comprendre les instructions avant d’opérer les équipements, le second pour apprendre à trouver des solutions lorsque ces derniers avaient des problèmes.

Ce qui veut dire que se baser uniquement sur les besoins immédiats liés aux pénuries actuelles de main-d’œuvre pour faire le choix des immigrants est ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Même des petits sous-traitants de Bombardier aéronautique qui devaient régulièrement innover nous expliquaient l’importance d’avoir des travailleurs polyvalents dans leurs équipes, capables d’apporter et de discuter des idées réellement nouvelles. Sachant par ailleurs que les institutions d’enseignement sont parmi les meilleures organisations pour attirer et bien intégrer les immigrants, un des objectifs du gouvernement dans sa politique d’immigration.

Dans le deuxième cas, une des commentatrices de Radio-Canada cette semaine en a rappelé l’absurdité. Comme on le sait, le réchauffement climatique fera en sorte que ces vents de plus de 90 km/h vont se multiplier pour jeter encore plus d’arbres et faire voler encore plus de toits sur les fils. Or, tout le monde sait que la meilleure façon de limiter ces dégâts est d’enterrer ces fils. Comme le font depuis des décennies tous les pays nordiques.

La vieille réponse pour ne pas le faire était qu’on ne saurait que faire avec les monteurs de lignes. Comme si ces derniers ne seraient pas capables de se pencher! La réponse actuelle est que cela coûterait des milliards de dollars. Comme si une telle stratégie ne pouvait pas se déployer graduellement, d’abord dans tous les nouveaux quartiers, et ensuite, quand il faudrait refaire les lignes âgées. Bref, la seule raison est que le gouvernement refuse de voir baisser quelque peu les profits immédiats d’Hydro-Québec lui revenant. Alors que l’on sait pertinemment que, de toute façon, les profits vont diminuer avec ces coûts croissant pour faire face aux colères de la nature, et surtout, que d’autres coûts devront être assumés par les citoyens, les commerces et les autres entreprises, avec en partie l’argent de l’État.

Bref, n’avoir aucune vision large et à long terme est malheureusement trop courante avec des gouvernements qui ne pensent qu’à remplir leurs promesses sans en avoir analysé tous les impacts. Il en est de même des grandes entreprises qui, par leur bureaucratie, génère nécessairement de l’inertie, faisant en sorte que leurs économies d’échelle sont contrebalancées par tous ces effets pervers, ce qu’on appelle des dés économies d’échelle.

En conclusion, toute réponse simple à des changements complexes dans nos sociétés finit inexorablement par devenir une réponse simpliste.