Pourquoi Trois-Rivières contribue encore à polluer notre fleuve Saint-Laurent?

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / L’auteur, Michel Volle, est professeur retraité de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Pendant que la Ville de Trois-Rivières continue de polluer la rivière Saint-Maurice et le fleuve pour une période encore indéterminée, je m’interroge, comme citoyen, sur les choix qu’ont faits nos élus municipaux au cours des dernières années en ce qui concerne le traitement des eaux usées. Je reste avec l’impression que les responsables ne nous disent pas toute la vérité dans ce dossier et que les journalistes devraient pousser plus loin leurs recherches pour la dévoiler.

Sur le site de la Ville, je trouve un peu d’information et je cite: «Grâce à un système de 60 postes de pompage, les eaux usées sillonnent des kilomètres de conduites pour être amenées à l’un des six sites de traitement des eaux usées. À titre indicatif, notre principal site de traitement d’eaux usées situé dans le secteur de Sainte-Marthe-du-Cap reçoit 70 millions de litres chaque jour. L’eau y est alors traitée dans des étangs aérés avant d’être rejetée dans des cours d’eau».

Où se trouvent les cinq autres sites de traitement des eaux usées de la ville? Pendant que la grosse et unique conduite qui achemine les eaux usées à la station située à Sainte-Marthe-du-Cap, déverse son contenu dans la rivière, pourquoi la ville ne contourne pas le flux vers les autres stations de traitement? Je sais, à titre d’exemple et parce qu’elle est proche de mon domicile, que la station d’épuration de Pointe-du-Lac est inutilisée depuis quelques années et qu’elle pourrait contribuer à diminuer la déverse actuelle si la Ville l’utilisait. Et les quatre autres sites de traitement cités par la Ville, sont-ils en fonction? Sinon que sont-ils devenus?

En fait, il semble bien que la Ville de Trois-Rivières ait fait le choix, après les fusions municipales, de faire aussi une centralisation du traitement des eaux usées. Pourquoi? Pour des questions d’économie?

Le maire Lamarche se plaint souvent dans les médias que ce sont les différents paliers de gouvernement qui n’ont pas assez investi dans les infrastructures désuètes des villes. D’après lui, la Ville a fait de son mieux et Québec et Ottawa doivent investir davantage dans les infrastructures des villes. Pourtant, lorsque je l’ai moi-même questionné (par écrit à cause de la COVID) au cours d’une séance du conseil municipal, sur le coût des nouvelles stations de pompage qui ont justement servi à concentrer presque tout le traitement des eaux usées sur le site de Sainte-Marthe, il n’a pas pu me répondre et m’a dit que je devrais passer par la loi d’accès à l’information. C’est pourtant une question cruciale pour les citoyens. On a mis en place un tout nouveau système centralisé des eaux usées avec des stations de pompage qui ont coûté des dizaines de millions, sans doute avec de grosses subventions des deux paliers de gouvernement, et la population n’est pas assez informée sur les coûts de ce projet...

Au-delà des questions de coûts, ces nouvelles infrastructures (stations de pompage et conduites souterraines) ont été planifiées apparemment sans prévoir de plan B en cas de bris, autre que des déversements d’eaux usées dans la rivière ou le fleuve. La plupart des municipalités font de même, avec la bénédiction du ministère de l’Environnement, mais ce n’est pas une excuse car cela aussi est inacceptable. Pourquoi, par exemple, avoir tout centralisé sur le même site sans au moins doubler la conduite qui achemine ces égouts?

La Ville de Trois-Rivières devrait être plus transparente dans ses choix. Quand le maire Lamarche nous dit qu’il est très soucieux envers l’environnement, je m’interroge sur ces décisions. Si la Ville veut respecter l’environnement comme elle s’y est engagée, il faut qu’elle en prenne les moyens et ne se contente pas de faire des vœux pieux! La situation est désolante et préoccupante et la ville aurait dû la prévoir et la prévenir.