Le président de la Fédération des établissements privés, Jean-Marc St-Jacques.

Pourquoi financer l'école privée?

L'auteur, Jean-Marc St-Jacques, est président de la Fédération des établissements d'enseignement privés. Il répond ici à la lettre de Réjean Martin publiée dans notre édition du lundi 3 avril.
Lorsque le système d'éducation publique a été mis en place dans les années 60, le Québec pouvait déjà compter sur un vaste réseau d'écoles privées fondées par des communautés religieuses. La décision a été prise de conserver cet héritage. Au fil des ans, ces écoles sont devenues des OSBL qui se démarquent par leur autonomie. Selon le document Indicateurs de gestion des établissements privés, publié par le ministère de l'Éducation, 40 % de leurs revenus proviennent des subventions gouvernementales. Le reste est assumé par les parents qui les choisissent et des fondations auxquelles les anciens contribuent généreusement. D'autres écoles privées ont été fondées par des parents ou des enseignants qui rêvaient d'une école différente. 
Les écoles privées accueillent 12 % des élèves du Québec au préscolaire, primaire et secondaire. Ce pourcentage est stable depuis plusieurs années. Contrairement à ce que vous affirmez, il n'y a pas de croissance du nombre d'élèves à l'école privée au détriment de l'école publique. 
Contrairement à la croyance populaire, peu d'écoles privées sélectionnent leurs élèves. Les écoles privées sont en mesure d'accueillir et d'amener à la réussite des élèves aux profils variés, y compris des élèves ayant des besoins particuliers. Plusieurs ont mis sur pied des programmes avec appui pédagogique pour accompagner des élèves ayant des difficultés importantes et qui sont en situation de retard scolaire. 
Le réseau des écoles privées québécois permet à l'État québécois d'économiser des centaines de millions de dollars par année. Couper les subventions aux écoles privées entraînerait un transfert massif d'élèves vers le réseau public et une hausse importante des dépenses en éducation, tant au niveau du gouvernement que des taxes scolaires, et ce, alors que les écoles publiques affirment déjà être sous-financées.
Quant à la «classe ordinaire» qui, selon vous, se voit privée de ses meilleurs éléments, il y a là en effet un enjeu majeur. Dans les écoles privées, les élèves en difficulté ne sont pas dans des «classes ordinaires». Ils ont accès à des programmes avec appui pédagogique pour les aider à surmonter leurs difficultés. Dans certains cours, les élèves sont tous ensemble. Dans certaines matières, les élèves qui éprouvent des problèmes importants ont accès à de petits groupes où les méthodes d'enseignement sont adaptées pour les amener à combler leur retard. Se pourrait-il que le problème de la «classe ordinaire» ne soit pas l'école privée, mais plutôt la difficulté qu'ont certaines écoles à personnaliser l'enseignement afin d'amener chaque élève à la réussite?