Pourquoi ce texte?

Qui? Quoi? Où? Comment? Combien? Curiosité naturelle, inquiétude, voyeurisme, les gens veulent savoir les tenants et les aboutissants d'un incident, d'un accident, d'une situation, d'une action.
Légitimes ou non, ces quêtes, oserais-je dire de la vérité, comportent souvent un grand absent, le pourquoi des choses. S'il est invité dans la démarche, tout au plus sera-t-il traité superficiellement, parce qu'il introduit des nuances et induit un délai de réponse difficilement tolérable, en cette ère de consommation rapide de l'information. Pourtant, ce mal-aimé, je parle toujours du pourquoi, constitue la base de toute véritable connaissance. Connaître la cause, la motivation, l'intention de départ, voilà la manière de savoir vraiment et surtout de prévoir adéquatement la suite.Pourquoi suis-je en couple? Pourquoi j'étudie? Pourquoi ai-je des enfants? Pourquoi suis-je heureux ou malheureux?
Pourquoi ai-je un plan de carrière? Pourquoi je fais du sport? Pourquoi je m'astreins à un régime alimentaire? Pourquoi je veux une grosse maison? Pourquoi suis-je croyant? Pourquoi j'aide les gens dans le besoin? Pourquoi la course à la richesse? Pourquoi les jeunes perçoivent-ils l'école comme un mal plus ou moins nécessaire? Si les réponses au pourquoi riment avec avoir beaucoup d'argent, épater la galerie, faire comme tout le monde, parce que je n'ai pas le choix, pour être aimé ou pour quelques autres sombres ou inavouables menées, alors il y a là péril en la demeure.
Un pourquoi bien fouillé simplifie grandement l'actualisation de l'action à venir. Aussi, aurions-nous avantage à inviter régulièrement la démarche scientifique dans nos réflexions. D'abord identifier le problème, le formuler en termes clairs, envisager des hypothèses de solutions, les soupeser et ensuite donner une réponse, ou du moins une orientation, évitant ainsi les faux problèmes, les tonnes de verbiage inutile, les jugements téméraires, le gaspillage de sentiments et le pourrissement des relations interpersonnelles.
La démarche vers la connaissance, pour peu qu'elle soit rigoureuse, porte en elle une immense gratification. Et si cette urgence de savoir des plus jeunes a pour corollaire la facilité d'oublier des aînés, ne vaut-il pas mieux donner de solides assises à la connaissance, dont le pourquoi constitue la première et souvent l'unique clé. Au fait, pourquoi ce texte?
Guy Laliberté
Sainte-Monique-de-Nicolet