Pour un État réellement laïque

L’auteur, Ghyslain Parent, est professeur titulaire au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il adresse cette lettre à la gouverneure générale du Canada, Julie Payette.

Depuis plus de dix ans, je travaille pour la mise en place d’un État laïque qui encouragerait la séparation de l’État et des religions. En vertu des chartes québécoise et canadienne, l’État doit reconnaître et défendre le droit, pour toute personne, de croire ou de ne pas croire aux divinités invisibles. Par ailleurs, en vertu de la liberté d’opinion, des gens ont le droit de dénoncer ces mêmes croyances et faire œuvre d’éducation pour les faire reconnaître comme des inepties et des mensonges incompatibles avec la science et le simple bon sens.

À cet effet, je tiens à souligner votre courage en lien avec vos propos, prononcés le 1er novembre 2017, à Ottawa, dans le cadre de la Canadian Science Policy Convention où vous auriez dit: «Pouvez-vous croire que… nous continuons à débattre et à nous questionner à savoir si la vie proviendrait d’une intervention divine, plutôt que d’un processus naturel ou d’un processus aléatoire?»

Malheureusement, nous continuons à débattre. Au Québec et au Canada, nos gouvernements hésitent depuis plus de dix ans à remettre les religions à leur place. Les églises sont vides et le Québec est passé à autre chose. Quoique plusieurs provinces du Canada aient pris la sage décision de faire disparaître l’enseignement religieux de leurs écoles, le Québec s’attarde à maintenir le cours Éthique et culture religieuse.

Le Québec se permet de conserver le crucifix au-dessus de la «cathèdre» du président de l’Assemblée nationale alors que son aspect patrimonial pourrait être souligné en dehors de cette enceinte. Je tiens à vous rappeler, Madame la Gouverneure générale, que des tribunaux canadiens ont, dans un premier temps, en avril 2015, demandé au maire de Saguenay de cesser sa prière tout en condamnant la Ville à payer des dommages à une personne qui était lésée par les comportements religieux du maire Tremblay. Dans un deuxième temps, dans un récent jugement de novembre 2017, la Cour suprême rejette l’argument d’une Première Nation contre Jumbo Glacier en déclarant que l’État n’a pas l’obligation de «protéger l’objet des croyances ou le point de mire spirituel du culte, comme l’Esprit du Grizzli», mais plutôt de «protéger la liberté de toute personne d’avoir pareilles croyances et de les manifester».

Je vous invite à faire connaître ces deux jugements à nos gouvernements. Ainsi, nos premiers ministres auraient les arguments nécessaires pour: 1) demander à la ministre du Tourisme du Québec, Julie Boulet, de cesser de faire des prières et autres incantations à des festivals westerns; 2) faire placer dans un musée le magnifique crucifix-objet-patrimonial qui orne l’endroit le plus civil et civique du Québec; 3) faire disparaître niqab et burqa de l’espace public pour permettre la sécurité et le savoir-vivre-ensemble et 4) remplacer le volet religieux du cours d’Éthique et culture religieuse par une formation à l’analyse critique, préalable à toute démarche scientifique.

Madame la Gouverneure générale, vous pourrez compter sur ma contribution scientifique et personnelle pour vous soutenir dans de tels projets tout au long de votre mandat.