Pour un candidat d'ici ou d'ailleurs?

Plusieurs ont reproché à l'exécutif local du PQ d'avoir accepté le «parachutage» du candidat Alexis Deschênes à Trois-Rivières. Tout d'abord, la Loi électorale du Québec est claire: tout électeur québécois a le droit de se présenter comme député et d'être élu à l'Assemblée nationale. La Loi ajoute qu'un candidat qui se présente dans une circonscription autre que celle où se trouve son domicile peut même voter là où il se présente. En plus, pour ma part, je me contrefiche du lieu d'origine des candidats; ce qui compte, c'est sa qualité, ses compétences et ses capacités à bien me représenter.
Or, monsieur Deschênes me satisfait à cet égard. Il a agi avec succès comme journaliste parlementaire, puis, dans le but avoué de se lancer en politique, il est allé faire ses études universitaires de droit qu'il a parfaitement réussies. Même le chroniqueur Jean-Marc Beaudoin, pas très chaud au départ devant une candidature extérieure, a tout de même raffiné son analyse pas plus tard que ce mercredi, en reconnaissant que le candidat «Deschênes a démontré dès le départ une bonne connaissance des dossiers locaux ou une forte capacité d'assimilation». Dans un cas comme dans l'autre, on voit qu'il s'agit d'un excellent candidat.
Prenons l'exemple du maire Yves Lévesque qui est né ailleurs avant de venir s'établir en Mauricie dans les années 1980. Or, en 2001, il est élu par une majorité de Trifluviens contre deux pure laine d'ici: Alain Croteau et Léon Méthot. Et les électeurs ne semblent pas avoir regretté le choix de celui qui était considéré comme le outsider, car ils l'ont reporté à la mairie à chaque élection depuis. Danielle St-Amand, l'ex-députée libérale de Trois-Rivières, qui vient de démissionner de son poste pour des raisons de santé, bien que née à Sainte-Thècle et y ayant toujours résidé en permanence, était des plus appréciées par la population.
Et je reste convaincu qu'elle aurait été loin d'être battue aux élections d'avril. Se retrouvant plutôt face à l'hésitante candidature de Girard, le PQ est vraiment béni des dieux! Un autre exemple: Ruth Ellen Brosseau, élue députée de Berthier-Maskinongé en mai 2011, n'avait jamais mis les pieds dans ce comté incluant même le jour de son élection! Or, depuis ce temps, les électeurs semblent l'avoir adoptée comme l'une des leurs.
Sous ce même éclairage d'élus venus d'ailleurs, je prendrais l'exemple de l'Université du Québec à Trois-Rivières, où j'ai oeuvré durant près de 30 ans. Depuis sa fondation, en 1969, cette institution a connu sept recteurs; un seul était originaire de Trois-Rivières. Et quatre n'avaient jamais résidé ici avant d'entrer en fonction. Et voyez ce qu'est devenue cette institution au fil des ans. Pour ce qui est du candidat libéral qui se vante d'être né ici, Jean-Denis Girard, bien qu'il travaille depuis longtemps sur la rive sud, il s'est surtout fait valoir lors de la fermeture de Gentilly-2. Dossier qui l'a conduit à déchirer sa chemise trois fois plutôt qu'une. Eh bien permettez-moi de m'interroger sur l'authenticité des principes qui animent ce candidat.
J'aurais pu croire en la sincérité de ses actions s'il avait fait de la relance de Gentilly-2 sa mission première: convaincre son chef Couillard de la nécessité absolue de repartir la centrale nucléaire. Non! Plus un mot sur ce dossier. Plutôt des annonces remâchées sur l'importance de la visite de bateaux de croisière au port de Trois-Rivières, comme si l'arrêt très occasionnel et fort temporaire de l'un de ces bateaux pouvait renflouer l'emploi à Trois-Rivières! Oh la la! Quel programme! Dans ces circonstances, je préfère un outsider de talent qu'un natif d'ici de courte envergure.
Guy Godin
Trois-Rivières