L'avenue des Draveurs

Plus qu'un simple changement de nom de rue!

Le 21 février dernier, on apprend que le maire a décidé de remplacer le nom de l'avenue des Draveurs par celui du fondateur de Cogeco, Henri Audet.
Justifiant sa décision par le fait que Cogeco contribuerait généreusement au développement de l'amphithéâtre par des subventions substantielles échelonnées sur les cinq prochaines années, le maire en a choqué plus d'un, d'autant plus qu'il s'agit là d'une décision prise par lui seul, excluant les élus municipaux.
Cette situation peut sembler anodine si l'on ne pousse pas la réflexion plus loin, mais tel l'iceberg qui ne laisse entrevoir que sa pointe, ce qui se cache en dessous est beaucoup plus grand que ce qu'il y paraît. 
Il faut savoir que ce changement de nom fut possible parce que le comité de toponymie auquel siégeaient des citoyens experts et passionnés de la culture et de l'histoire a été aboli par le maire Lévesque lui-même, en 2015, lui laissant ainsi toute la latitude et l'autonomie nécessaire lui permettant de procéder à un tel changement sans avoir à consulter qui que ce soit.
Cette action du maire est un exemple parmi tant d'autres de gestes antidémocratiques qui ont été réalisés sous son règne.
Aujourd'hui, il en est d'autant plus inquiétant que cette récente décision de changement de nom est effectuée dans un contexte où le gouvernement projette, avec la loi 122, de confier plus de pouvoirs et d'autonomie aux municipalités et d'abolir toutes formes de consultation et de participation citoyennes (abolition des avis publics dans les journaux et élimination du processus référendaire).
Avec les dérapages antidémocratiques que nous avons connus au cours des dernières années, nous avons raison de craindre la collusion, le copinage et de manifester de l'inquiétude comme citoyen face à ce projet de loi 122.
Donner plus d'autonomie aux municipalités, c'est aussi procurer plus de pouvoirs au maire actuel qui démontre déjà de la réticence à une participation citoyenne, ce qui risque de réduire voire anéantir toute possibilité d'action démocratique. 
La démocratie, ce n'est pas que le moment des urnes. Elle doit vivre de manière permanente. Aller au plus proche de la population, échanger, débattre, écouter les propositions pour faire vivre la démocratie, voilà le rôle des élus. Il est clair qu'à Trois-Rivières, nous avons un déficit démocratique réel.
Plusieurs décisions prises par le maire et les conseillers municipaux nous le démontrent. Souvenons-nous de la fluoration de l'eau potable! Le maire n'a jamais accepté de procéder à une consultation citoyenne avant d'imposer cette médication forcée à l'ensemble de la population, alors qu'une consultation en amont aurait été une bonne occasion d'écouter sa population.
Mais le maire Lévesque n'a jamais démontré de volonté en ce sens, dans quelque projet que ce soit. Encore pire, malgré l'absence d'acceptabilité sociale exprimée clairement par une pétition signée par 18 500 citoyens refusant de boire une eau fluorée, le maire a persisté dans sa décision répétant sans cesse «le débat est clos».
À la veille d'une élection municipale, des engagements concrets doivent être pris par les candidats à la mairie et au poste de conseillers afin que soit favorisée la participation citoyenne antérieure à la prise de décision dans les années à venir.
Des moyens devront être mis en place pour permettre aux élus de connaître et de prendre en considération les diverses préoccupations des citoyens qu'ils représentent. Et cette place du citoyen passe d'abord par une meilleure information et des mécanismes de consultation en amont des décisions qui favorisent une réelle concertation et une meilleure démocratie.
Joan Hamel
Trois-Rivières