On a souligné dernièrement le trentième anniversaire de la mort de René Lévesque.

Pas très tranquille, notre Révolution... et irrépressible, cette volonté d’émancipation

Tant d’histoires. C’est ce qui vient spontanément au terme du livre Le gouvernement Lévesque, de la genèse du PQ au 15 novembre 1976 de l’historien et politologue, Jean-Charles Panneton.

Alors qu’on vient de se souvenir que ça fait trente ans que René Lévesque est mort, peut-être vaut-il la peine de recenser ce livre qui confirme que notre Révolution tranquille ne le fut pas du tout. 

D’abord aux élections de 1960, les manœuvres de l’Union nationale étaient passablement affreuses. Et ceux qui ne pensaient pas comme le parti d’Antonio Barrette étaient traités de «communistes», mot qui faisait peur. 

Ensuite, au sein du gouvernement Lesage, alors que tout est à bâtir, les factions s’affrontent et on voit un Lévesque si pressé de nationaliser les compagnies d’électricité qu’il en vient presque aux coups avec le premier ministre. 

Lévesque, en ces années-là, se montre un homme un peu brouillon mais dont l’intelligence le sert. Il a ses errances comme de ne pas être partisan d’un ministère de l’éducation. 

Ce qui vient à l’éloigner des libéraux après la défaite crève-cœur de 1966, ce sont les règles de financement du parti qu’il voudrait plus saines et son projet d’émancipation des Québécois.

En fait, il semble alors absolument irrépressible, ce projet d’émancipation qui connaît toutefois des hauts et des bas. Par exemple, le coup de la Brink’s, aux élections de 1970, fait reculer les électeurs prêts à voter pour ce jeune Parti québécois qui promettait l’indépendance dès son élection. Mais, on affolera bien du monde à trois jours du vote grâce à neuf mystérieux fourgons blindés partis du Royal Trust pour se rendre en Ontario...

Autre «tuile»: le FLQ, la crise d’octobre qui fait fondre le nombre de sympathisants. On passe entre 1970 et 1971 de 80 000 à 30 000 membres.

Sachons que la mort de Pierre Laporte anéantit René Lévesque qui, en présence entre autres de Louise Harel, pleure à chaudes larmes comme un enfant. Œuvrant alors comme chroniqueur au Journal de Montréal, voici ce qu’il écrit: «Ceux qui, froidement et délibérément, ont exécuté M. Laporte, après l’avoir vu vivre et espérer pendant tant de jours, [...] ont importé ici, dans une société qui ne le justifie absolument pas [...] S’ils ont vraiment cru avoir une cause, ils l’ont tuée en même temps que Pierre Laporte».

Bien entendu, peut-être avons-nous appris plus tard que Pierre Laporte était mort accidentellement dans les mains de ses ravisseurs mais ça n’excuse pas qu’il y ait eu recours à la violence. 

Plus loin, le livre nous rappelle combien le Parti québécois était fin prêt en 1976: des jeunes travailleuses et travailleurs d’élection partout, des chauffeurs, des gardiennes, des marqueurs; une batterie de conseillers juridiques, etc.

D’autre part, on apprend dans le livre que René Lévesque, lors de ces élections, était peut-être plus étapiste encore que celui qui avait établi le «concept», Claude Morin. «Le chef du PQ, dit Jean-Charles Panneton, laisse tomber le conditionnel et promet (…) qu’un référendum serait incontournable».

Mais Louis Bernard, proche conseiller de René Lévesque, jure que cette «astuce» du chef découle de son caractère modéré, démocrate. 

En tout cas, au soir du 15 novembre, le triomphe est si grand que même au Forum, au match des Canadiens, on entend des pièces comme «C’est le début d’un temps nouveau» et «Gens du pays»… 

Sachons enfin que bien avant son entrée en politique, Lévesque n’est pas tendre pour le Canada qu’il compare en 1960 à un «abracadabrant Chili horizontal» et à un «ver solitaire géographique»!

Quoi qu’il en soit, il est bon de faire avec ce livre une révision approfondie des années 60 ainsi que de la moitié des années 70. Jean-Charles Panneton a mis quatre ans pour le rédiger, puisant entre autres dans de nombreux fonds d’archives, notamment ceux de René Lévesque, du Conseil exécutif du parti et de l’un des proches du chef, Pierre Renaud.

Réjean Martin

Trois-Rivières