En décembre dernier, des paramédics de la région ont manifesté au centre-ville de Trois-Rivières.

Paramédic du Québec, fier de l'être mais...

Le matin du 2 février dernier, à 5 h, je prenais mon quart de travail habituel de 12 heures. Ne sachant pas à quelles situations je serais confronté - la mort, la misère humaine, des intox, la maladie ou des accidents et encore -, même après 28 ans je ne suis pas encore immunisé, mais je commence à être drôlement usé.
Ce travail, les hommes et les femmes comme moi le font par passion et pour gagner leur vie. Cette passion s'effrite parfois un peu, c'est vrai, mais le feu brûle toujours en nous. 
Notre système ambulancier a été construit à la dure par des hommes et des femmes passionnés qui, avec quelques alliés du monde médical, ont fait progresser notre milieu passant de simples transporteurs à des professionnels de première ligne dispensant des soins de première urgence. Avec les années, la formation s'est accrue nous amenant à prodiguer des soins, administrer des médicaments; nous devenions des paramédics.
Ce matin du 2 février, il y a un petit quelque chose qui cloche, qui fait que c'est plus difficile: nous entrons en grève, une grève bien symbolique puisque nous faisons partie d'un service essentiel. Ces moyens de pression sont en fait des «tracasseries» administratives. Pourquoi cette grève? Parce que notre contrat de travail au Québec est échu depuis 2015. Et rien n'avance à cause de vous M. Barrette.
Ce matin-là, nous apprenions que M. Barrette nous a laissés tomber en se retirant des négociations en plus d'affirmer qu'il y a peu de place pour négocier, c'est son mode opératoire après tout.
Ce matin-là, nous apprenions que M. Barrette veut exclure le système ambulancier du réseau de la santé au Québec. Qu'il désire couper près de 110 millions $ dans un réseau déjà sous-financé, ce qui va affecter les travailleurs du domaine, les entreprises et aussi les patients.
Ce matin-là, nous apprenions que M. Barrette désire couper à la fois nos salaires, nos avantages, nos vacances et congés divers. Nous en avons tellement besoin de ces conditions pour nous remettre de ce que nous vivons... Pour déconnecter de tout ce que à quoi nous sommes confrontés au quotidien, et essayer de ne pas être nous-mêmes en détresse.
Ce matin-là, nous apprenions que M. Barrette veut aussi s'attaquer à notre fonds de pension. NOUS, contrairement à vous, M. Barrette, n'avons pas de parachute ou de retraite dorée. Et ce fonds de pension est loin d'être suffisant.
Pourtant...
Aujourd'hui, on me demande de continuer d'agir en professionnel de la santé, de continuer de prendre soins de mes patients au meilleur de mes connaissances. Aujourd'hui, on me demande malgré tout ça de rester concentré sur la première ligne afin de bien faire mon travail et de tenter de sauver des vies ou de soulager la souffrance.
Aujourd'hui, M. Barrette essaie de nous faire accepter à nous les paramédics du Québec que nous ne ferons plus partie du réseau de la santé, mais des sous-contractants. 
Aujourd'hui, je réalise que pour ce ministre bien nanti de notre société et du système de santé et le gouvernement dans lequel il siège, on nous considère comme des «paramerdiques» et non pas pour des paramédics.
Aujourd'hui, j'essaie de me concentrer sur mon travail en oubliant que je m'inquiète pour l'avenir, le mien, celui de ma famille, celui de ma profession.
Aujourd'hui plus que jamais, je réalise que tous ceux et celles qui pratiquent cette profession dans laquelle on s'hypothèque sérieusement la santé autant physique que psychologique, afin de prendre soin de gens qui ont besoin de soins, dans des situations parfois épouvantables que vous ne pouvez même pas imaginer, nous n'aurons jamais la reconnaissance qu'on mérite.
M. Barrette, vous et les autres qui vous ressemblent, vous n'êtes pas la solution aux problèmes, vous représentez plutôt un véritable cancer, une gangrène qui gruge, d'abord dans votre cas, le système de santé qui vous a enrichi de façon indue et dans l'ensemble nos institutions démocratiques. Le seul remède pour vous et votre habituelle arrogance c'est une ablation totale vous empêchant de prendre de nouvelles mesures dans ce gouvernement. Toute la population ne s'en portera que mieux.
Aujourd'hui, M. Barrette, vous attaquez une profession et surtout des professionnels qui ont évolué et surtout qui n'ont rien volé de leurs conditions de travail. 
Aujourd'hui, vous ne vous contentez pas d'attaquer des professionnels, vous attaquez de front les syndicats qui les défendent, mais vous attaquez aussi les entreprises ambulancières de partout en province. Par ce fait, vous vous attaquez aussi à tous les patients que nous devons soigner et transporter. Vous vous attaquez à la population une fois de trop.
Aujourd'hui, je vous dis: c'est assez! J'espère que ça sera votre chant du cygne; vous avez fait assez de ravage. Le reflet du clignotant rouge dans votre oeil, je crois que c'est le témoin lumineux de la fin de votre parcours politique, et dieu sait qu'il est temps.
Jean Blanchette
Paramédic
Trois-Rivières