Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

On se réjouira quand on verra la pépine...

ÉDITORIAL / Le premier ministre François Legault y est allé d’un engagement presque à saveur électorale, la semaine dernière, en promettant que le chantier du doublement de l’autoroute 55 entre Bécancour et l’autoroute 20 se mettra en branle d’ici la fin du présent mandat de son gouvernement.

Les prochaines élections sont prévues pour octobre 2022. Parce que ce n’est pas la première fois qu’un parti politique formule une telle promesse, on a envie de dire qu’on se réjouira lorsqu’on verra la machinerie sur le terrain.

En fouillant dans les archives du Nouvelliste, on peut constater qu’en juin 1975, la direction régionale du ministère des Transports présentait ses priorités à l’assemblée générale annuelle du Conseil régional de développement (CRD) de la région Mauricie–Bois-Francs et il était clair que la construction de l’autoroute 55 de Shawinigan jusqu’à la frontière des États-Unis était en tête de liste. Mais lors de cette même assemblée, on parlait aussi de la construction imminente des voies d’approche pour un troisième pont sur la rivière Saint-Maurice à Trois-Rivières, de l’élargissement de la route 157 (ancienne route 19) entre le Cap-de-la-Madeleine et Shawinigan-Sud, ou encore du prolongement de l’autoroute 30 jusqu’à Nicolet...

C’était il y a quarante-cinq ans.

Mais bon. Rendons tout de même à César ce qui appartient à César: François Legault s’est mouillé comme peu d’autres chefs de parti l’ont fait depuis deux ou trois décennies. «Il est temps que ça se fasse», a-t-il insisté. C’est sensiblement la même déclaration qu’il avait formulée en 2018, lors de la dernière campagne électorale: «Il est temps qu’on arrête de parler et qu’on le fasse. Il faut que ça avance», avait-il insisté en entrevue au Nouvelliste.

On avait déjà eu un avant-goût de cette soudaine volonté lors du dépôt du projet de loi 61 qui visait, on le sait, à accélérer certains travaux d’infrastructures, notamment en matière de transports, afin de relancer l’économie québécoise dans le contexte de la pandémie de COVID-19. À la surprise de plusieurs, le doublement de l’autoroute 55 sur les quelque vingt-sept kilomètres manquants, entre Saint-Grégoire et Sainte-Eulalie, faisait partie de la liste de projets qui pourraient être mis sur la voie rapide grâce à ce projet.

Le projet de loi 61 contenait suffisamment d’irritants pour qu’on le mette à la déchiqueteuse. La présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, a promis une nouvelle mouture du projet de loi. Croisons les doigts pour que la liste des projets accélérés puisse demeurer inchangée.

En tout cas, le premier ministre semble y tenir. Et il y a fort à parier que l’acharnement du député Donald Martel y est pour quelque chose dans cet engagement de son chef et dans ce qui semble être un réjouissant changement de cap. Il y a quelques mois à peine, on craignait que l’installation évoquée de glissières de sécurité flexibles à haute tension entre les deux voies de la chaussée existante vienne repousser aux calendes grecques le projet de doublement de l’autoroute.

Cette fois, c’est bien du doublement dont il est question. Les ponts d’étagement construits lors du prolongement de l’autoroute entre Saint-Célestin et Sainte-Eulalie, entre 2000 et 2006, étaient d’ailleurs déjà conçus pour surplomber deux chaussées à deux voies chacune. Mais il reste encore beaucoup d’étapes à franchir et c’est le délai normalement associé à ces étapes qu’on souhaite raccourcir par l’intervention législative revue et corrigée qu’on devrait connaître cet automne. L’obtention des autorisations environnementales, notamment, fait partie de ces procédures.

Il faudra aussi déterminer ce qu’on fera avec certaines intersections, notamment celles des rues Forest, Thibodeau et Prince. C’est un défi tout aussi grand, sinon plus, que de construire une nouvelle chaussée à deux voies.

Loin d’être un caprice, le doublement de la 55 est un projet qui repose sur la nécessité d’améliorer la sécurité sur le tronçon qui ne compte encore qu’une chaussée à voies contiguës opposées. Il y a déjà eu trop d’accidents mortels ou avec blessés graves sur cette route qui ne méritera qu’on l’appelle vraiment «autoroute» que lorsqu’elle sera à quatre voies sur toute sa longueur.

On va le craire quand on va le wouère, diront certains. Mais disons que l’intention manifestée récemment est le signal le plus concret qu’on a vu ou entendu depuis longtemps.

Trop longtemps.