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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

On peut appeler cela une crise

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ÉDITORIAL / Être ou ne pas être en situation de crise du logement: telle est la question. Une question qui a d’ailleurs beaucoup fait jaser, cette semaine, et qui pourrait bien être le prélude à la propulsion de la question du logement abordable au rang de priorité gouvernementale. Après l’urgence climatique, l’urgence sanitaire, voici l’urgence locative.

L’abordabilité des logements a été au cœur d’un échange qui a pris des proportions démesurées entre la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, et le premier ministre François Legault lors de l’étude des crédits budgétaires à l’Assemblée nationale. Une petite jambette de la part de Manon Massé, qui a demandé au premier ministre quel était le coût d’un logement à Montréal.

La suite est une histoire d’interprétation. Il n’y avait sans doute pas lieu de faire un plat avec la réponse de François Legault compte tenu de sa compréhension de la question et du contexte dans lequel il a cru qu’elle se situait, c’est-à-dire celui du coût du logement pour les étudiants. Ce serait mesquin de conclure que le premier ministre est déconnecté de la réalité parce qu’il n’a pas fourni la «bonne réponse» qu’attendait Manon Massé.

On est loin de l’épicerie à 75 $ par semaine pour une famille de quatre personnes, qui avait fait trébucher Philippe Couillard à l’automne 2018, en pleine campagne électorale.

Le premier ministre François Legault, même s’il se dit conscient que le prix des logements est de plus en plus élevé et même s’il reconnaît qu’il y a une pénurie de logements, n’a pas voulu parler de crise du logement. Une autre expression qu’il range aux côtés de «racisme systémique» dans son répertoire des concepts à ne pas reconnaître.

Pourtant, beaucoup de voix commencent à nommer ainsi le problème. Même si dans les faits, il est sûrement plus juste de parler de crise de l’abordabilité du logement.

Et Trois-Rivières n’y échappe pas: les logements se font rares et les prix explosent.

Le taux d’inoccupation y est certainement pour quelque chose: selon des données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, il se situerait à seulement 1,3 % à Trois-Rivières. On n’avait pas vu ça depuis quinze ans. Normalement, pour qu’on parle de marché équilibré – ce qui favorise une certaine stabilité des prix –, il faut que le taux d’inoccupation se situe autour de 3 %.

Cela donne lieu à un défi ou à un cauchemar pour les personnes ou les familles à la recherche d’un logement abordable. Non seulement il est laborieux de trouver un logement correspondant aux besoins, mais il faut y consacrer une part de plus en plus importante du revenu. En Mauricie, où le revenu annuel médian est le plus bas au Québec, à 29 704 $, il n’est pas rare de voir des personnes ou des ménages consacrer plus du tiers de leur budget mensuel ou annuel au logement, ce qui est très élevé.

Mais même si le problème frappe différemment d’une région à l’autre, il devra tôt ou tard être pris de front par les autorités gouvernementales. Il devient de plus en plus nécessaire de mettre en place des mesures pour faire face à la crise actuelle, notamment en investissant de façon plus soutenue et significative dans le logement social et abordable.

Encadrement des évictions et des reprises de logement, révision du programme de Supplément au loyer et bonification du budget des offices municipaux d’habitation devraient faire partie de la recette, tout comme la mise en place d’un chantier de rénovation et de construction de logements sociaux qui permettront d’augmenter l’offre. Le contrôle des prix n’est peut-être pas la meilleure solution, mais pour l’éviter, il faut agir rapidement.

La crise actuelle, parce que oui, il y en a bel et bien une, frappe durement les personnes seules et les personnes vulnérables. Et ça, c’est aussi désolant qu’inacceptable.