On est rendu là...

On est rendu là...

Ces mots, prononcés en haussant les épaules, expriment la résignation, devant la stupidité des courants de pensée actuels, qui minent notre bonheur, réduit à manger, se reproduire, être aimé et respecté! Dans trente ans, la population terrestre atteindra les 10 milliards, alors qu’aujourd’hui, elle en compte 7,6. Nous craignons le nucléaire, mais c’est la famine qui nous guette.

En juin 2017, la société américaine AquaBounty a écoulé au Canada cinq tonnes de saumon transgénique expérimental, élevé au Panama, dont l’importation est interdite aux États-Unis. À leur insu, les Canadiens sont donc les premiers au monde à manger du «Frankenfish». Ces monstres sont stérilisés aux hormones pour empêcher leur reproduction incontrôlable en liberté, comme celle du soja de Monsanto, cette compagnie américaine acquise en juin 2018 par l’allemande Bayer, deuxième producteur mondial de médicaments sans ordonnance. Ce géant menacera encore plus la sécurité alimentaire et l’équilibre écologique de notre planète. Pourtant, Santé Canada ignore toujours les résultats dérangeants des études indépendantes sur les effets des OGM, et n’oblige pas leur étiquetage. Les hormones ajoutées affecteront-elles les futures générations?

La farine de grillons économisera l’énergie et comblera nos besoins en protéines «si on ne voit pas les bébittes!», s’esclaffent les gens. Ensuite, la farine fécale réduira-t-elle la pollution? En Chine, les tilapias mangent des excréments de porc, tandis qu’aux États-Unis, certains éleveurs nourrissent leurs troupeaux avec ceux des poulets! Rappelons-nous l’épisode de la vache folle, quand les farines animales ont remplacé le foin et le maïs... En bout de ligne, la farine humaine apparaîtra-t-elle, comme dans le film d’anticipation «Soleil vert»? Les antibiotiques seront-ils encore efficaces?

Le vin, aussi vieux que l’humanité, incite à la joie et à la convivialité, contrairement au cannabis, cette évasion solitaire et moderne, excluant toute participation sociale et culturelle. Équivaudrait-il au «soma», utilisé dans «Le meilleur des mondes» d’Aldous Huxley, pour empêcher les citoyens de revendiquer, et les rendre heureux artificiellement? Les drogues deviennent-elles nécessaires?

De surcroît, l’eau potable et non renouvelable s’épuise. Fabriquer l’or bleu en usine se révèle trop onéreux et impensable. Quelle perspective angoissante!

Chers futurs acquéreurs: «En vente: sperme de Prix Nobel et ovules de Miss Univers. Embryons conformes aux exigences gouvernementales. Généalogie artificielle. Quantité limitée». Pour freiner la surpopulation, selon des objectifs démographiques ciblés, les humains seront-ils contraints, un jour, de recourir à des mères porteuses «employées et rémunérées» par l’État, qui contrôlera de cette façon le nombre et les caractéristiques des enfants à naître? Tout ça outrepasse l’aide à concevoir. Justin Trudeau augure-t-il ce nouveau commerce déjà structuré? Tire-t-il ses idées contradictoires du roman-fiction canadien dystopique «La servante écarlate» de Margaret Atwood, paru en 1985, où les femmes sont en voie de disparition, et ne doivent plus séduire?

Fugain chante si bien la relation mère-père-enfant: «Et mon sang dans tes veines, vivra une vie de plus!» La filiation est l’essence même du droit qui régit notre existence, basée sur l’amour, la vie et la liberté.

Nous avons tous un cerveau pour penser et un sexe pour assurer la pérennité de l’espèce. La fonction se dissocie du genre, et repose sur nos qualités intellectuelles et sociales. La population préfère le choix à l’égalité et l’illusoire parité ne changera rien à la vie quotidienne. Confondre le cerveau et le sexe constitue déjà une erreur pernicieuse et les rendre artificiels est encore pire.

L’«Homo Deus» entre dans l’Histoire, avec l’avènement de l’intelligence artificielle. Au XXIe siècle, l’humanité projette de remplacer Dieu, mais ne pourra jamais arrêter le Temps, recréer la Vie, ni délimiter l’Espace! Si nous avons osé construire des centrales nucléaires en négligeant de savoir comment éliminer les déchets radioactifs, saurons-nous dominer l’intelligence artificielle, qui doit demeurer au service de l’être humain et non l’inverse? Vénérer la Nature, en acceptant nos limites, c’est se respecter soi-même.

Les arrangements truqués entre les gouvernements et les géants du Web glissent vers une dictature parfaite qui remplacera cette médiocratie, dans laquelle les esclaves que nous sommes devenus, aiment leur servitude, grâce à la consommation et au divertissement.

Nous avons oublié d’où on vient, et nous ignorons encore plus où on va! La bêtise, la vanité et la cupidité ont détourné notre route... Les multinationales pharaoniques gouvernent, sans être élues, nos vies, notre liberté et nos politiciens, qui se bornent à régner sur une population vulnérable, bernée par l’attrait d’un monde meilleur.

Denyse St-Onge

Trois-Rivières