Même si le verdict et la sentence imposée à Alexandre Bissonnette sont maintenant connus, des questions subsistent quant au traitement même de ce cas. L’auteur de ce texte estime que l’individu aurait dû être soigné plutôt qu’emprisonné.

On doit reprendre le procès d’Alexandre Bissonnette

À la fin du mois de novembre 2018, le juge et les avocats du procès d’Alexandre Bissonnette se sont réunis pour essayer de déterminer la sentence à donner à Bissonnette à la suite de son procès pour la tuerie à la mosquée de Québec, le 29 janvier 2017.

Depuis 2011, pour les cas de meurtres multiples, les juges peuvent tenir compte de chaque meurtre dans leurs sentences. Normalement, la peine à perpétuité s’accompagne d’une possibilité de libération conditionnelle après 25 ans. Bissonnette ayant tué six personnes, le juge pouvait lui imposer 6 x 25 ans, donc 150 ans.

On sait que les parents et amis des tués n’en demandaient pas moins! Le procureur de la Couronne n’en demandait pas moins, aussi, rappelant qu’une condamnation à vie s’accompagne généralement d’une libération conditionnelle après 25 ans, ce qu’il juge trop peu. Alexandre Bissonnette a finalement écopé, vendredi, d’une peine de prison à vie sans possibilité de libération avant 40 ans.

À mon avis, le procès de Bissonnette a été une véritable farce. Quelque temps auparavant, Bissonnette avait tenté de faire un carnage dans un centre commercial, mais il s’est retiré avant. Ceci démontre que Bissonnette voulait prouver quelque chose, peu importe les victimes. Il n’était certainement pas un islamophobe de naissance. Il faut chercher ailleurs sa motivation. Qu’est-ce qui a poussé Bissonnette, fin janvier 2017, à faire ce qu’il a fait? S’est-il dit quelque chose du genre: «Rien d’intéressant à la télé ce soir. Regardons ce qu’il y a comme films en ville. Rien d’intéressant! Tiens, pourquoi pas aller ‘‘shooter’’ quelques musulmans, ça va faire un peu de vie dans la ville!»

Eh! bien ça, c’est à la base du système judiciaire du Canada; c’est la façon dont le procureur de la Couronne interprète généralement l’action de l’accusé, nourri qu’il est du système judéo-chrétien occidental de «libre arbitre», de responsabilité, de volonté de faire volontairement, de se décider en toute liberté de faire, d’agir sans aucune contrainte intérieure ou extérieure de quelque sorte. Le pays des licornes, quoi!

Qu’est-ce qui a bien pu motiver Bissonnette à agir comme il l’a fait? Qu’est-ce qui a bien pu arriver à Alexandre Bissonnette pour que cet individu devienne subitement un assassin? La réponse est dans le passé. «On ne peut isoler la faute et ne pas la mettre du tout en relation avec le passé, sinon l’on en vient à pécher contre la logique!» (Friedrich Nietzche, Humain trop humain).

Le passé de Bissonnette est fait de harcèlement de cour d’école qui a tout l’air de n’avoir jamais été traité par ses parents ou par la direction ou les responsables des écoles. Ce type de harcèlement a mené des enfants à se suicider! Bissonnette a plutôt choisi de montrer aux harceleurs qu’il n’était pas une mauviette... et quelle façon éclatante de le démontrer que de faire le coup d’éclat que l’on sait. Bizarre que l’on n’ait pas traité plus à fond la raison derrière cette action! Nietzche complétait la citation mentionnée plus haut par «...Ainsi donc, gens à libre arbitre, tirez plutôt la conclusion nécessaire de votre doctrine de la “liberté du vouloir” et décrétez hardiment: ‘‘Aucun acte n’a de passé’’».

Le procès de Bissonnette a besoin d’être repris. Sa place n’est pas la prison mais dans un établissement de soins psychiatriques où l’on pourra rafistoler son cerveau bousillé par une bande de crétins. Comment accepter que les harceleurs se promènent librement et que la victime soit incarcérée?

Maurice Milot

Trois-Rivières