Député fédéral de Trois-Rivières de 2011 à 2019, Robert Aubin établit dans ce texte un constat d’échec: les politiciens n’ont pas réussi à démontrer aux électeurs les bienfaits d’un changement de vision quant à l’environnement. Il se demande ici comment pourrait-on faire en sorte que les idéaux portés par des mouvements, des personnes comme Greta Thunberg (ci-dessus) et la volonté populaire puissent faire le poids au regard des grands intérêts économiques.

Nous faut-il un nouveau chemin pour se rendre à Rome?

OPINIONS / L’auteur, Robert Aubin, a été député de Trois-Rivières à la Chambre des communes de 2011 à 2019.

Si cette vieille expression proverbiale nous rappelle l’importance qu’avait le réseau routier de l’Empire romain ou le centre névralgique de la chrétienté par lequel on pouvait espérer transiter pour atteindre Dieu, aujourd’hui, elle laisse plutôt sous-entendre que tous les chemins devraient nous permettre d’atteindre notre but. Or, il n’en est rien et les exemples ne manquent pas pour démontrer qu’il nous faudra ouvrir de nouvelles voies pour réussir là où le succès n’est pas encore advenu.

À l’aube de la nouvelle année, c’est à titre de citoyen que je profite de cette tribune pour continuer à faire œuvre de sensibilisation face à l’urgence climatique.

Malgré nos expériences et la démonstration éloquente faite par les scientifiques démontrant les conséquences liées aux changements climatiques, force nous est d’admettre que les chemins que nous avons empruntés jusqu’ici pour mener notre lutte ont généré bien peu de résultats.

À ce chapitre, les conclusions de la COP 25 trahissent notre incapacité à sortir du modèle économique traditionnel. Collectivement, il nous faut bien reconnaître ce constat d’échec. D’ailleurs, le simple fait de parler de la 25e COP ne démontre-t-il pas la nécessité de revoir notre approche?

Pourtant le sujet nous touche et les mobilisations récentes, porteuses d’espoir, sont sans équivoque. Cependant, le discours en mode catastrophe et l’abondance de chiffres sous lesquels on nous enterre ne rencontrent tout simplement pas le quotidien du citoyen qui, trop souvent, peine à gagner sa croûte et à survivre jusqu’à la prochaine paie. Pour être poli, on pourrait dire que le climat passe en deuxième voire en dernier!

Ainsi, bien que de plus en plus sensibilisé à la problématique, ce dernier, au moment de faire ses choix dans la confidentialité de l’isoloir, choisit la sécurité de ce qu’il connaît au détriment d’une vision d’avenir. À ce titre, les politiciens, dont je fus, n’ont pas réussi à lui démontrer les bienfaits.

Malheureusement, alors que tous les partis politiques sans exception se sont présentés devant l’électorat avec un plan vert, le constat d’échec est troublant. Comment se fait-il que toutes les propositions furent jugées inadéquates, insuffisantes ou irréalistes au point où l’enjeu, bien que discuté, ne fut pas la question de l’urne?

Personne n’y a trouvé son compte et aujourd’hui tout reste à faire.

Où trouvera-t-on cette voie de passage qui nous permettrait d’équilibrer les plateaux de la balance?

Comment faire en sorte que les idéaux portés par des mouvements comme Équiterre, le Pacte, le New Green Deal, le mouvement Drawdown, les aspirations d’une Greta Thunberg et la volonté populaire puissent faire le poids au regard des grands intérêts économiques?

Je crois que nous devrions nous éloigner d’une approche basée sur la peur et la culpabilisation pour imaginer et mettre en place une société où l’amélioration de la qualité de vie dont rêvent nos concitoyens sera engendrée par la multitude d’opportunités que nous offre le défi qui nous est posé. Le citoyen doit reconnaître dans le passage à une économie verte, le système économique qu’il connaît et auquel il prête foi.

Encore aujourd’hui, pour beaucoup trop de gens, parler de cette transition se résume trop souvent à l’avènement de la voiture électrique et à l’utilisation d’énergies renouvelables. Bien que ce début soit appréciable, il nous faut faire davantage.

Tous les secteurs de l’économie doivent amorcer un virage et les fonds publics doivent être investis auprès des créateurs de technologies nouvelles capables de servir les quatre «R» que sont la réduction, la réutilisation, la réparation et le recyclage.

Voilà quelle était mon inspiration au moment de rendre publiques les propositions que j’ai déposées lors de la dernière campagne électorale, démontrant ainsi que Trois-Rivières dispose de tous les atouts pour devenir un chef de file en la matière.

Réduction: Réduction de la facture énergétique avec Trigo et ses murs-échangeurs solaires;

Réutilisation : Centre de transformation des aéronefs;

Réparation: Projet de loi pour inscrire le droit à la réparation de façon à lutter contre l’obsolescence programmée;

Recyclage: Centre de recyclage des aéronefs en fin de vie.

Par cette approche, la lutte contre l’urgence climatique devient un élément dynamisant notre milieu et non une corvée incontournable. Chacun peut ainsi y voir des signes de croissance économique, d’emplois de qualité, d’amélioration de sa qualité de vie.

Ce rêve n’est pas une utopie. Il doit constituer un catalyseur des forces vives. Il doit permettre de transformer un problème en projet. Il doit faire rayonner celles et ceux qui y croient et qui contribuent à sa réalisation. Lui seul a la force de faire advenir les grands changements dont nous serons chaque fois les principaux bénéficiaires.

N’en va-t-il pas de même pour nos idéaux personnels ou professionnels? Combien de fois avons-nous dû revoir nos objectifs parce que la route imaginée ne permettait pas de les atteindre? Expérience faite, quand une réorientation s’imposait à nous, combien ont regretté d’être sortis des sentiers battus?

Ainsi, à l’instar de l’étoile qui guida les Rois Mages, nos idéaux ne se trouvent pas devant nous au bout d’une route tracée à l’avance, mais bien au-dessus de nous de façon à ne jamais les perdre de vue, quels que soient les chemins que nous emprunterons.

Que l’année 2020 nous apporte en abondance cette créativité capable de transformer un chemin de brousse en une véritable artère vers la quête de cette Rome métaphorique où vivront celles et ceux que nous aimons et pour qui nous l’érigerons.