Notre coopérative: un succès en péril

Il y a une vingtaine d'années, un groupe d'éleveurs de boeufs, appuyés par le MAPAQ, ont mis leurs efforts en commun afin de mettre sur pied un organisme à but non lucratif ayant comme fonction première d'appuyer financièrement les éleveurs de boeufs de plusieurs régions du Québec, désireux d'acquérir des animaux.
Ici, en Mauricie, c'est sous le nom de la Coopérative des producteurs de boeufs de la Mauricie (CPBM) que cet organisme a vu le jour. D'entrée de jeu, je peux vous affirmer que la formule est un succès. J'en témoigne par ma propre expérience avec la CPBM, lors de l'achat de notre troupeau.
Après avoir complété le plan d'affaires exigé par l'organisme, une rencontre avec le superviseur de la CPBM fut organisée afin d'examiner les animaux que nous planifions d'acheter. Un service qu'aucune institution financière ne peut offrir. Cette façon de faire permet à la CPBM, comme à l'acheteur, d'augmenter les chances de réaliser un investissement rentable.
Pour notre expérience, avec du recul, nous n'aurions pu faire un meilleur choix. Au fil des ans, j'en ai appris un peu plus sur le fonctionnement de l'organisme; et plus j'en apprends, plus je suis convaincu de la nécessité de son existence. Je sais aussi, maintenant, que d'autres régions ont vécu l'expérience des Coopératives de producteurs de boeufs avec moins de succès qu'en Mauricie.
Je ne peux me prononcer sur ce qui a pu les mener à leurs difficultés. Je sais par contre ce qui fait le succès de la nôtre: des membres qui adhèrent honnêtement à la philosophie de la coopérative, un conseil d'administration solide et honnête avec une vision humaine de la réalité des éleveurs, une secrétaire compétente et dévouée, sans oublier un superviseur à l'oeil expérimenté et au jugement éclairé qui est une source de conseils précieux, tant pour l'organisme que pour les membres.
La Coopérative des producteurs de boeufs de la Mauricie a depuis quelques années élargi sa zone d'action afin de permettre aux éleveurs de la région de Lanaudière d'obtenir ses services ce qui, toujours dans l'esprit coopératif, nous permet de bénéficier en retour de la participation active des membres de cette région.
Malheureusement, avec les nouveaux changements apportés par la Financière Agricole du Québec, qui s'est vu transférer des mains du MAPAQ le dossier des Coopératives de producteurs de boeufs, la vie de la CPBM est en danger. Difficile de croire qu'une histoire à succès comme celle de notre coopérative puisse se terminer.
Ne pouvant désormais se voir garantir un lien de créance prioritaire sur les animaux financés, la Coopérative sera donc incapable d'assumer le risque de perdre les sommes investies chez un producteur qui serait placé en difficulté de faire face à ses obligations envers l'organisme à but non lucratif, faut-il le rappeler. C'est comme si une institution financière émettait un prêt sur votre maison sans pouvoir se garantir une hypothèque légale prioritaire pour assurer son prêt. Avec cette façon de fonctionner, bon nombre d'entre elles mettraient la clef sous la porte.
En ce qui concerne particulièrement la Coopérative des producteurs de boeufs de la Mauricie, il ne s'agit pas d'un organisme moribond, bien au contraire. La coopérative est en bonne santé et dotée d'une excellente réputation. Cependant, il va sans dire que si l'organisme, administré par des bénévoles, ne peut faire reconnaître son lien de créance prioritaire, la CPBM se trouvera alors en très grand péril.
C'est pourquoi il est primordial que la Financière Agricole du Québec ainsi que la Fédération des producteurs de bovins travaillent de concert pour mettre de l'avant des mesures qui supporteront concrètement l'implication des Coopératives de producteurs de boeufs. Je suis convaincu qu'à elles deux, elles réussiront à mettre en place des mesures simples qui garantiront que la Coopérative soit reconnue comme créancière prioritaire lors de transactions impliquant des animaux qu'elle a financés.
J'espère donc que, plutôt que de focusser sur les quelques expériences négatives qui ont été vécues dans certaines régions, que tous les acteurs impliqués à différents niveaux dans la production bovine mettront les efforts nécessaires et prendront exemple sur la Coopérative des producteurs de boeufs de la Mauricie afin de soutenir ce levier économique essentiel, autant pour les petits que pour les gros producteurs, sans oublier notre précieuse relève pour qui l'accès au financement est souvent matière à freiner les plus nobles ambitions.
Mark Trudel
Saint-Séverin-de-Proulxville