Notes sur l’enseignement religieux

OPINION / Certes, notre monde dépense beaucoup d’énergie pour faire disparaître toute trace d’enseignement religieux, plus précisément chrétien, de notre mémoire, de notre histoire. De sorte qu’il me semble pertinent de se demander si une telle autoasphyxie n’engendrera pas tranquillement, mais sûrement, une décadence qui ouvre toute grande la porte à de nouvelles civilisations barbares? Au Québec, l’œuvre du cinéaste Denys Arcand ne parle-t-elle pas par elle-même avec des titres comme Le Déclin de l’Empire américain, Les Invasions barbares, L’Âge des ténèbres et La Chute de l’Empire américain?

Ici, en effet, plus encore qu’ailleurs, nos jeunes générations se lèvent tout en ne sachant plus rien de leur histoire, cette discipline qui constituait jadis le pivot des humanités.

Comme le croyait Sigmund Freud, pour ne citer que lui, les générations modernes ne subissent plus d’emprise religieuse, mais avouons qu’elles sont en danger de ne plus pouvoir lire une cathédrale, ni Racine ou Pascal, Chateaubriand ou Hugo... sans oublier tous les écrivains, philosophes, compositeurs, peintres, et autres génies qui se sont servis pour penser, pour raconter, pour imaginer, des trésors symboliques de la tradition de leurs pères.

De sorte que notre scolarité, aujourd’hui, ressemble à de l’amnésie planifiée, institutionnalisée, répond le professeur George Steiner. Désormais, la vie en réseau a la cote. Et les étudiants qui ne savent plus lire en silence s’avèrent incapables de résister, de combattre les tendances qui cherchent à rendre totalitaire l’ordre du monde. Comme si l’uniformisation était synonyme d’émancipation. Ainsi, prisonniers des artifices et des clichés de l’actualité, la plupart de nos jeunes esprits s’empressent plus souvent qu’autrement de taxer leurs parents, leurs professeurs et autres représentants de l’autorité (ceux qui ont la responsabilité de faire croître la conscience) de vestige, de fossile, de conservateur, de dinosaure, d’arriéré, et j’en passe.

Ne nous faisons pas d’illusions. Nous restons des interrogateurs que l’idéologie, la technologie, la pornographie et même l’humour ne peuvent satisfaire. Pour des psychanalystes comme Marie Balmary, nous sommes des êtres de chair, de sang et de conscience, mais aussi de désir et de désir de sens. Car c’est là que l’homme typiquement moderne est le plus vulnérable, le plus accessible. Peut-être que la question la plus urgente consiste à remettre les mots sur la route du Sens? Malheureusement, tout indique que, désormais, ce genre de travail n’est pas digne d’être retenu s’il demeure incompatible avec l’ordre du divertissement ou de l’utilitaire!

André Désilets

Trois-Rivières