Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, en visite de courtoisie récemment à Saint-Élie-de-Caxton, semble avoir avalé la théorie du jeu des perceptions sans grande difficulté.
La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, en visite de courtoisie récemment à Saint-Élie-de-Caxton, semble avoir avalé la théorie du jeu des perceptions sans grande difficulté.

Non-ingérence, non-indifférence

ÉDITORIAL / On a longtemps utilisé la formule «non-ingérence, non-indifférence» pour résumer la position de la France quant à la situation du Québec. On peut dire que le gouvernement du Québec vient de la faire sienne pour ce qui est de la situation préoccupante que l’on observe dans la municipalité de Saint-Élie-de-Caxton. Québec ne veut pas intervenir. Il mise beaucoup sur les prochaines élections partielles pour changer les perceptions et garde quand même un oeil intéressé sur ce qui se passe au royaume des lutins. Ce doit être tout un soulagement pour le maire Gauthier qui peut y voir une victoire.

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, en visite de courtoisie récemment à Saint-Élie-de-Caxton, semble avoir avalé la théorie du jeu des perceptions sans grande difficulté. Elle s’est dite rassurée par ce qu’elle a entendu lors de sa rencontre avec le maire et les quatre conseillères actuellement en poste.

Et voilà le dossier clos, pourrait-on croire. Une bonne dose de jovialisme pourrait, espère-t-on du côté du gouvernement, contribuer à changer ces fameuses perceptions selon lesquelles l’administration municipale est gangrenée par un problème tenace de relations humaines et de conflits de personnalités.

La ministre Laforest, le député Simon Allaire et les fonctionnaires du ministère ont penché pour la version du maire, Robert Gauthier, plutôt que pour les doléances répétées de citoyens qui estiment que le malaise est, en réalité, beaucoup plus profond. On fait le constat, en quelque sorte, que le départ de cinq conseillers, de 15 employés municipaux et de quatre bénévoles depuis l’élection de 2017, n’est qu’une malencontreuse coïncidence.

C’est comme si, à Saint-Élie, les licornes et les calinours avaient pris la place des lutins.

À preuve, cet optimisme quasi désespéré envers les deux personnes qui viendront compléter le conseil municipal lors des élections complémentaires prévues pour cet automne. «Avec les nouveaux élus, on va changer la perception», plaide la ministre Laforest. C’est un peu mince et surtout très aléatoire comme espoir.

Le maire Gauthier a pour sa part rappelé que la Municipalité était bien gérée, que les codes d’éthique et les procédures gouvernementales étaient respectés et qu’«il n’y a rien qui va mal». Mais il est bon de rappeler que les dysfonctionnements ne s’observent pas uniquement dans les procédures, mais aussi, parfois, dans la façon dont on traite les individus ou dans le climat de travail de façon plus générale. Il est bon de rappeler, également, que plusieurs employés ou élus démissionnaires ont évoqué, ces dernières années, un climat toxique ou du harcèlement psychologique.

En disant que la Municipalité est bien gérée, que les contrats et les procédures sont dûment respectés, le maire et les membres du conseil se déresponsabilisent du climat de travail qui a fait tomber comme des mouches plusieurs employés depuis 2017. Et cette déresponsabilisation semble s’étendre à la ministre, au député et aux fonctionnaires, qui balaient sous le tapis les manifestations nombreuses et évidentes d’un malaise, pour ne pas dire d’une catastrophe.

On peut comprendre le jeu des relations diplomatiques entre Québec et une municipalité. L’interlocuteur, pour le gouvernement, c’est le maire. Mais dans ce cas-ci, le maire serait, aux dires de plusieurs, une partie du problème.

Le pire, c’est que la ministre Laforest elle-même a admis, en commission parlementaire , qu’elle avait rencontré des citoyens qui lui ont fait part de leurs craintes et de leurs insatisfactions et que si la situation semblait correcte sur le plan administratif, elle était «particulière sur le plan des relations humaines. Mais le maire semble s’être fait suffisamment convaincant et rassurant pour lui donner le goût de croire que tout va bien.

La bonne nouvelle, c’est que le ministère entend tout de même garder un oeil sur ce qui se passe à Saint-Élie. On ne s’ingère pas, mais on accompagne. On n’est peut-être pas, finalement, complètement indifférent.