Selon l'auteure de la lettre, le fait d'accuser les Forces armées canadiennes de propager la haine témoigne d'une mauvaise connaissance des valeurs et des objectifs de cette organisation.

Non, ce n'est pas du «lavage de cerveau»

En réponse à la lettre de Paul-Étienne Rainville intitulée «Chronique d'une mort annoncée», publiée dans notre édition du 1er février dernier.
En lisant votre opinion, j'y ai décelé beaucoup de hargne. Vous accusez tous ceux qui vous entourent en pointant un doigt accusateur dans toutes les directions en soulageant, je présume, votre rage.
La tragédie de la mosquée à Québec est inacceptable et gratuite. Vos propos veulent nous amener à une meilleure compréhension de la diversité humaine. Vos propos sur les Forces armées canadiennes (FAC) m'ont amenée à me questionner sur votre expérience au sein des FAC pour démontrer une telle expertise.
Vous accusez «l'armée canadienne d'avoir rempli à plus soif les cerveaux de milliers d'hommes et de femmes soldats d'une propagande haineuse destinée à légitimer leur «guerre juste» contre l'axe du mal. D'avoir fait trop peu pour venir en aide aux anciens combattants en état de stress ou de choc post-traumatique et vous faites référence au groupe La Meute.
Je tiens à rectifier quelques-unes de vos accusations. La personne qui a commis cette ignominie n'est pas militaire ni un vétéran. Martin Ahmad Couture Rouleau qui a commis l'attentat à Saint-Jean-sur-Richelieu n'était pas militaire ou vétéran et Michael Zehaf Bibeau qui a commis l'attentat à Ottawa n'était pas non plus militaire ou vétéran. La personne qui a commis l'attentat à la mosquée de Québec est un étudiant à l'Université Laval. 
On pourrait se demander quel professeur à l'université lui a lavé le cerveau mais je ne tomberai pas dans cette facilité. Je veux toutefois apporter mes 32 années d'expertise dans les FAC.
Ma profession m'a permis de travailler avec l'Armée, la Force aérienne, la Marine et les hauts dirigeants des quartiers généraux. Ce que vous qualifiez de lavage de cerveau est plutôt de la formation, de la discipline, de l'entraînement et de l'éthique.
Notre État-Major fait la promotion et je dis bien la promotion de l'éthique militaire professionnelle. Pour n'en nommer que quelques-unes: «Diriger par l'exemple. Connaître nos soldats et promouvoir leur bien-être. Atteindre un haut niveau de compétences professionnelles. Rechercher et accepter les responsabilités.» Si c'est ce que vous qualifiez de lavage de cerveaux, nous n'avons définitivement pas la même définition.
Les militaires, fiers représentants de notre pays, désirons la même chose que nos concitoyens. La paix dans le monde. Nous sommes votre protection contre les éventuelles attaques. Nous sommes votre système de sécurité.
Nous sommes le verrou pour préserver notre pays. Nous défendons nos droits et notre liberté ainsi que les droits et libertés de ceux qui sont victimes de la guerre. Nous sommes entraînés pour faire face aux situations d'urgence. Nous avons servi comme Casques bleus pendant des décennies pour rétablir et maintenir la paix dans les pays en guerre au péril de nos vies. Notre entraînement est reconnu comme l'un des meilleurs dans le monde.
Il est totalement faux d'accuser les FAC de propager la haine. Faux, faux, complètement faux. Pour cette accusation, vous êtes dans le champ et tellement à côté de la «track». Vous n'avez de toute évidence aucune idée du travail des militaires et de celui des membres de la GRC.
Votre compréhension du rôle et de la mission des FAC est défaillante. Il y a des enquêtes qui sont en cours afin de protéger les citoyens canadiens mais nos missions, ainsi que le travail de la GRC n'ont pas à être mis au grand jour pour, justement, une question de sécurité.
La Meute est une représentation d'une minorité. Depuis longtemps des mesures ont été mises en place pour aider nos vétérans et ceux qui reviennent de missions. Encore faut-il que ces personnes demandent et acceptent l'aide proposée.
Nous ne pouvons même pas obliger un dangereux déficient mental à obtenir de l'aide contre son gré à moins qu'il y ait une ordonnance de la cour. Tous les membres des FAC ont droit à leurs opinions et la majorité des membres conservent notre éthique.
Puisque vous semblez connaître la méthode pour éradiquer la radicalisation, je vous souhaite bonne chance. Jamais je n'accepterai que les Forces armées canadiennes soient ainsi accusées de façon totalement erronée.
Anne-Sylvie Duquette
Saint-Boniface