Noël 1978

Conte de Martin Lemay (1er de 5)
En voiture l'autre jour, probablement inspirés par la musique de Noël à la radio, les enfants m'ont demandé comment c'était Noël dans mon temps... Ayoye! J'suis rendu là! J'ai pris une grande respiration et essayé de me souvenir de cette époque, pourtant pas si lointaine, mais si différente des Fêtes d'aujourd'hui. Ceci n'est pas un document historique il y a probablement quelques anachronismes ou des anecdotes romancées, mais, grosso modo c'était pas mal de même chez nous vers la fin des années 1970. J'espère vous faire voyager dans le temps et vous aussi vous remémorer avec plaisir et nostalgie cette époque.
* * *
24 décembre
Dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle à Trois-Rivières
Sur le trajet de l'autobus qui nous ramène de la station de ski Vallée du Parc, il n'y a pas grand-chose qui nous fait penser que c'est Noël ce soir. On a tous notre journée dans le corps, une grosse journée à skier dans la neige molle et humide de la fin décembre, il neige encore d'ailleurs. Il y en a qui font semblant de dormir en écoutant leur Walkman à cassette. Je crois entendre Foreigner sur celui d'Hélène Dupré, ma voisine de banc d'en avant.
Mon ami et partner de ski Jean-François Duchesne est très occupé à faire un bricolage de Noël... Il recolle les collants de clémentines «Maroc» accumulés derrière sa passe de ski, en forme de sapin. Moi, je regarde dehors à travers la vitre embuée de l'autobus jaune. C'est très tranquille à Saint-Boniface... Noël ou pas, c'est toujours très tranquille à Saint-Boniface.
Je descends de l'autobus avec mon sac à lunch, mon sac à bottes, je retrouve mes skis dans le rangement et prends le chemin de la maison, chargé comme un mulet. JF est mieux organisé, il a un sac à dos et un super support à bottes Bic jaune. On est descendu au pied de l'escalier sur des Bouleaux. Il neige maintenant à plein ciel et il doit faire à peu près 32 degrés Fahrenheit. 
Les gros flocons fondent sur ma tuque bleu blanc rouge déjà passablement humide, JF aussi est détrempé. Ses pantalons de ski stretch paddés sur les genoux ont absorbé beaucoup d'eau dans les chaises vertes, le remonte-pente rustique du centre de ski. Ils pensent le changer bientôt il paraît, d'ici 2010 en tout cas c'est certain! JF marche d'un bon pas malgré tout, il est un peu stressé. Il a oublié ses souliers de concert à l'école des Petits chanteurs. À la messe de 10 h de la cathédrale où il chantera tantôt, pas question de voir un choriste en bottes lunaires, l'abbé Thompson n'aimerait pas. Au pire il mettra les souliers de son frère Luc se dit-il.
Sur de Longueuil, toutes les maisons sont décorées et il neige tellement que toutes les lumières de Noël multicolores semblent clignoter. Les fausses chandelles géantes sont vraiment à la mode cette année, il y en a de chaque côté du perron de presque toutes les maisons. 
Au coin de Ralph-Burton je lance un: 
- «Joyeux Noël mon homme» à JF qui me répond...
- «Bonne année grand nez!» 
- «Tu me souhaiteras ça la semaine prochaine... on va-tu en ski le 26?»
- «Sûrement, j'ai ma passe de saison et il faut que j'en fasse 22 fois pour rentrer dans l'argent de mon père... j't'appelle!»
Je continue seul vers la maison. M. Riberdy, cigarette au bec comme toujours, surveille son caniche qui fait l'inventaire des différentes odeurs près du lampadaire. Un peu par accident, je kick un motton de glace que Souki prend pour une balle et poursuit avec plaisir. M. Riberdy le ramène rapidement à l'ordre d'un retentissant...
- «Souki! Enweye icitte!», sans pour autant lâcher sa cigarette. Même la cendre pourtant longue n'a pas bougé! 
- «Joyeux Noël mon gars!» 
- «Euh... vous aussi!»
C'est la première fois, malgré dix ans de voisinage, que j'ai une conversation aussi longue avec M. Riberdy. Pas très volubile pour un chauffeur de taxi... J'arrive chez nous. 
Je croise Mme Quesnel, l'autre voisine, dans la porte. De son grand rire jovial elle m'invite à rentrer chez nous et dit, une boîte de sauce tomate à la main...
- «Merci Nicole! Bon Noël, là... Bon Noël... Pis toi mon beau Martin ça va bien? T'es allé en ski? C'était beau? As-tu faim? J'vous ai amené des biscuits au beurre...»
Sans attendre de réponse à ses questions, elle me donne un gros bec sur la joue et retourne chez elle.
(Suite à lire mercredi)