Le premier ministre du Québec, que l'on voit ici accompagné des ministres Stéphanie Vallée et Kathleen Weil, reporte à plus tard le débat en cours sur la neutralité religieuse de l'État. Une mauvaise décision, selon l'auteure de ce texte.

Monsieur Couillard fait fausse route

Si sondage il y avait, je pense que les agnostiques sont plus nombreux que les croyants ou les athées. Constat: dans toutes les religions, il y a de moins en moins de pratiquants. À la question: Pourquoi vous ne pratiquez plus? La réponse est souvent parmi celles-ci: «Je doute», «Je suis sceptique», «Je n'y crois plus», «Je suis neutre». Alors, vous êtes agnostique; ni athée ni croyant.
Serait-ce un rêve hypothétique que de voir tous les chefs de différentes religions du monde se réunir et reconnaître humblement qu'ils ne savent pas? Que personne ne sait si des dieux ou un au-delà existent après la mort? Face à l'inexistence de preuves, ce serait logique. L'agnosticisme est en voie de pluralité et la neutralité est voulue par le grand nombre de citoyennes et citoyens du Québec.
Toutes les religions ont des groupes fanatiques. L'institution, quelle qu'elle soit, si elle n'est pas maintenue démocratiquement, peut glisser dans le despotisme, dans le fondamentalisme et dans le fanatisme. L'attribution des «pouvoirs», même acquis par la voie démocratique, conduit inévitablement vers des abus d'autorité. Que Monsieur Couillard laisse tomber un débat en route avec les partis d'opposition, pour se rendre à la parole d'un seul homme, Charles Taylor, est une grave atteinte à la démocratie. L'autorité doit être capable d'autocritique, capable de se regarder et de se remettre en question. 
M. Couillard a habité et a travaillé en Arabie Saoudite; a-t-il encore des intérêts personnels? Quoi qu'il en soit, il n'est pas l'homme pour prendre une décision objective en ce qui regarde les accommodements religieux. Il devrait voir les autres partis politiques non comme des opposants mais comme des partis complémentaires et tenir compte de leurs visions beaucoup plus proches de celle du peuple québécois. La paix et l'harmonie ne se feront pas sans une évidente séparation entre l'État et les religions.
De tout temps, sous le couvert du respect des droits et libertés, la domination de plusieurs groupes exerçant une menaçante dictature a été tolérée. Ainsi, sous le couvert du bien et de l'innocence, au coeur même des religions, s'est faufilé un mal subtil, contre la nature et contre toute raison, un mal rusé comme le renard et habile comme le serpent: «le lavage de cerveau» qui traverse les siècles, pénètre les consciences et les cultures. Comment endiguer les flots de cette épidémie? Quelle est la meilleure voie à emprunter? Quelles sont les pistes à suivre? Ce n'est pas évident; nous nous sentons démunis; mais ce n'est certes pas la décision de M. Couillard qui est la meilleure! Ne pas mettre de balises, accorder des accommodements et signes religieux dans la sphère d'autorité publique au lieu d'unir ne fait que diviser encore plus. Je vais plus loin: je pense que la position de notre premier ministre peut provoquer chez les extrémistes de la droite, des mécontentements dangereux.
Dans une voie du multiculturalisme, la neutralité se doit d'être primordiale, elle est indispensable pour l'unité. La neutralité ressemble étrangement à l'agnosticisme! Certes il y a une nuance, mais aussi un lien. S'il faut tenir compte à la fois des croyants et des athées, il faut aussi tenir compte des agnostiques, qui selon moi, sont plus nombreux que les autres.
En priorité la neutralité se devrait d'être dans les écoles et les hôpitaux; les plus vulnérables sont les enfants et les malades qu'il faut protéger; ceci dans les deux sens: signes ostentatoires religieux pouvant influencer l'enfant ou services offerts par des porteurs de signes ostentatoires pouvant indigner ou indisposer le malade qui n'a pas le choix pour une neutralité à son service; or ce qui est important pour le malade c'est de voir d'abord le médecin ou l'infirmière. Qu'on lui plaque d'abord en pleine face l'identité religieuse de la soignante ou du soignant peut être choquant!
La neutralité désirée ne se limite pas à la commission Bouchard-Taylor. Je trouve aberrant que la neutralité ne s'appliquerait qu'avec parcimonie. Charles Taylor vient de proclamer que nous n'avons pas besoin d'établir des lois, que la réconciliation entre Québécois et musulmans pratiquants est faite! C'est loin d'être le cas. Nous avons plus que jamais besoin que le gouvernement établisse des balises; eh oui, une charte de la laïcité pourrait aider. La laïcité unit et les religions divisent, à travers les siècles; l'histoire le prouve. 
Andréa Richard
Trois-Rivières