Mise en échec pour le colisée

Alors que les signes démontrant que nous vivons collectivement au-dessus de nos moyens se multiplient, la pertinence de construire un deuxième amphithéâtre de hockey dans la région m'apparaît plus que douteuse.
Une nouvelle glace est peut-être nécessaire à Trois-Rivières pour des besoins sportifs, je ne connais pas tous les tenants du dossier, mais avez-vous besoin d'un autre projet pharaonique pour se gonfler l'ego et la dette? Dépenser 60 millions $ d'argent public pour espérer un jour attirer une entreprise privée qui déploiera tout un arsenal publicitaire pour attirer et sédentariser 5000 personnes, avec une bière dans une main et un hot-dog dans l'autre, en regardant d'un oeil bouffi des gladiateurs s'affronter?
Est-ce vraiment là que nous devons mettre nos ressources humaines et financières? À 12 000 dollars du fauteuil, ce sera assurément l'endroit le plus dispendieux en ville pour poser son séant! N'y a t-il pas de besoins plus urgents à combler en Mauricie?
L'actualité nous apprend que le maire vient d'envoyer l'UQTR et la Commission scolaire en fusillade. Lequel des deux aura le plus à offrir? J'ai toujours cru que la mission des institutions d'enseignement était de tout mettre en oeuvre pour offrir une éducation de qualité à la population, et non de se lancer dans ce type de surenchère immobilière et financière, destructrice de valeur.
Dans cette université en perpétuelles compressions budgétaires qui m'a formé au bac et à la maîtrise, où j'ai appris la démarche scientifique, la rigueur intellectuelle et le travail bien fait, va t-on céder à la démesure d'un projet flou, politiquement biaisé par des jeux de pouvoir et voué à être déficitaire pendant très très longtemps?
Depuis quelque temps, plusieurs leaders régionaux, en se basant sur le bon sens, plaident pour une plus grande solidarité régionale dans les dossiers économiques et politiques. La région possède déjà un amphithéâtre de hockey à Shawinigan qui a été payé entièrement par des fonds publics. Comme le soulignait récemment Le Nouvelliste, la capacité d'accueil de l'amphithéâtre (nommé provisoirement Centre Gervais Auto) demeure très largement sous utilisée, tout comme l'immense stationnement adjacent, désert à 95 % du temps. À Shawinigan, on disait l'aréna Jacques-Plante trop vieux, désuet et impossible à rénover pour justifier un nouveau projet d'aréna. Pourtant, une entreprise a racheté le vieil édifice et l'a transformé en un joyau architectural qui fait tourner tous les regards.
Le principal défi financier auquel nous ferons face au cours des prochaines années est l'explosion des coûts du système de santé. Le principal défi humain sera de faire en sorte que l'activité physique et les saines habitudes de vie soient valorisées au coeur de nos communautés. Notre argent, nos énergies et nos ressources devraient aller de ce côté plutôt que dans un autre palace du sport spectacle.
Luc Arseneault
Saint-Boniface