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Mince consolation pour nos aînés

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
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OPINIONS / Je ne sais pas pourquoi nous sommes présumément les pires au Québec. 

Je me souviens qu’en mars 2020, la Colombie-Britannique comptait 12 fois moins de décès que le Québec, toutes proportions gardées. C’est que cette province ne promenait ni les personnes âgées ni le personnel d’un CHSLD à un autre. Au Québec, on planche là-dessus et on ne l’a pas encore appliqué.

Lors d’une entrevue rapportée dans le Journal de Québec le 27 février dernier, le premier ministre se félicitait d’avoir mis un couvre-feu et ne voit pas comment il aurait pu faire mieux, étant donné qu’on a été les plus prudents, toujours en faisant confiance à la Santé publique. Monsieur Legault, c’est assez d’arrogance. La réalité, ce sont les 10 000 morts, dont 90 % sont des personnes âgées. Vous faites référence à nos aînés qui ont construit notre pays. Malheureusement, trop souvent, ces grands-parents, ces vieillards, sont «parqués» dans des résidences, sans suivi. On a manqué le bateau.

Madame Denise Bombardier, bien connue, commentait dans le Journal de Montréal: au Québec, les vieux sont distants dans le regard du reste de la société. C’est comme si leur histoire et leur mémoire n’intéressaient personne. Chez nous, en Mauricie, à la résidence Laflèche de Grand-Mère, nous avons été témoins de scènes disgracieuses, les personnes décédées mises dans des conteneurs réfrigérés. Boucar Diouf, dans une entrevue récente, disait qu’on juge la valeur d’un peuple par la façon dont on traite les personnes âgées. Avant de parler de deuil national que le gouvernement a voulu souligner le 11 mars dernier, il y a des deuils intimes, et ce, pour chaque personne décédée.

En dehors des chiffres, des cas, on a affaire à des personnes humaines. La journaliste Katia Gagnon, de La Presse, racontait: ce sont des patients qui tombent comme des mouches et il y a eu un manque criant de personnel, de médicaments et d’équipement de protection. Le premier ministre ne reconnaît même pas les failles du système actuel.

Monsieur Legault, quand allez-vous faire un pas en arrière et réaliser que ça ne va pas bien pour nous, Québécois, également? Sommes-nous capables de nous regarder en face avec ce pourcentage élevé de citoyens âgés touchés par la pandémie? La population du Québec représente 25 % de celle du Canada et 50 % des décès proviennent du Québec. Entre-temps, aucun parti politique n’a proposé de solution pour améliorer le système de santé à court et moyen terme. C’est une honte.

Ce n’est pas juste une question d’argent, mais un problème d’organisation. Pour que nos CHSLD soient davantage des milieux de vie que des mouroirs, la solution passe autant par le travail des préposés que par l’implication des familles. Mais il faudrait au moins avoir un peu plus d’humanité à l’avenir lors de la gestion de crises et envers des aînés en fin de vie. Le premier ministre François Legault a dit non à une enquête publique qu’il associe à un spin des partis d’opposition. Il a confié à madame Johanne Castonguay, commissaire à la Santé publique, le mandat d’analyser les résultats de la pandémie sur la performance des soins et des services aux aînés.

L’Angleterre a innové avec un ministère dédié spécialement au service et à l’intention des personnes âgées. Quelle belle initiative!

André Gendron
Shawinigan