Michel Chartrand: un militant indéfectible qui aurait eu cent ans

À la fin de l'année 2016, Michel Chartrand aurait eu 100 ans. Je voudrais qu'on célèbre cet anniversaire et qu'on se rappelle le parcours militant exceptionnel de constance, de pertinence de cet homme qui en a inspiré et inspire encore plus d'un Québécois.
Michel était un Québécois qui était chez lui partout, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en Abitibi, à Montréal, en Gaspésie, en Estrie, en Mauricie et ailleurs. Durant plus de 60 ans, il s'est rendu là où il pensait qu'on avait besoin de lui, où des hommes et des femmes se battaient, syndiqués ou pas, de la CSN ou pas.
Un homme aimé par les gens du peuple
Quand un ouvrier de Jonquière, un pêcheur des Îles-de-la-Madeleine, un chauffeur de taxi de Montréal, une femme de ménage de Québec, bref quelqu'un du peuple, me dit qu'il admire Michel Chartrand, je suis toujours très fière.
Mais je suis aussi souvent agacée, voire à l'occasion choquée, par ce que j'entends ou par ce que je lis sur lui. Des propos souvent réducteurs, généralement des clichés qui rendent rarement justice à sa complexité (cet homme de paradoxes, disait son ami Pierre Vadeboncoeur).
Je pense qu'on sous-estime la richesse de la pensée politique de Michel Chartrand faite de réflexions nourries de lectures sérieuses et solides. 
Alors, à l'occasion de ses 100 ans, avec Jean Gladu, un artiste visuel et ami de Michel avec qui il a partagé sa passion pour les arts, le vin et le cigare..., j'ai fait un livre pour en quelque sorte extraire Michel Chartrand de son personnage et lui rendre un peu (faute de faire mieux) de sa complexité, de sa richesse.
Un homme aux multiples facettes
Oui, mon père est l'homme aux colères notoires, aux jurons, aux humeurs changeantes, aux propos à l'occasion déplacés et offensants, pensons à sa réplique à Bernard Derome - mais ce qu'on ignore, c'est qu'il s'est excusé auprès du journaliste -, mais c'est aussi:
- un homme tendre, doux, poète, à ses heures, grand lecteur de poésie: Miron, Char, Neruda, Prévert, Vigneault;
- un grand amoureux de la nature, des arbres et des oiseaux (la maison était pleine des sculptures d'oiseaux - symbole de la liberté, s'il en est un - faites par son ami métis, G. Bétournay);
- un contemplatif et silencieux à ses heures; ma soeur Hélène me rappelait qu'il passait des dimanches entiers à écouter de la musique classique dans le salon quand nous vivions dans un appartement à Longueuil;
- un intellectuel, au sens premier du mot. Michel n'était pas seulement un orateur, un agitateur, un organisateur de grèves et de manifestations, lanceur de slogans, c'était aussi un grand lecteur, de journaux, de revues, d'ouvrages de sciences sociales, qui avait une réelle culture politique. Non! Michel Chartrand n'est pas la caricature qu'on en a faite, dont celle de son amie, de sa vieille copine, Dominique Michel.
S'approprier son héritage et poursuivre le travail commencé
Je pense aussi que connaître et comprendre son action pourra inspirer celles et ceux qui, au quotidien, tentent de faire reculer l'exploitation des travailleuses et travailleurs par le travail salarié et de combattre les diverses formes d'oppression dont nous sommes toutes et tous victimes. 
En ces temps de mondialisation, de capitalisme et de diffusion d'idéologies et de valeurs perfides comme la nécessité sacro-sainte consommation, l'individualisme forcené, l'esprit de compétitivité, d'excellence, de réussite personnelle, il est nécessaire de se rappeler les valeurs de fraternité et de solidarité de ce grand humaniste fidèle aux valeurs profondes du christianisme. 
Il nous faut les incarner dans l'action pour la défense des démunis et laissés-pour-compte, pour celle des mesures sociales et de nos institutions démocratiques mises à mal par nos gouvernements et, enfin, la protection des écosystèmes, en particulier de l'eau, cette ressource vitale. 
Suzanne-G. Chartrand
Fille de Simonne et Michel Chartrand, militante écologiste
Montréal