Carole Sullivan: un témoignage généreux sur le deuil suite aux suicides de son mari et de son fils.

Merci pour ce témoignage

En réaction au témoignage sur le suicide de Carole Sullivan publié samedi.
Au Centre de Prévention-suicide les Deux-Rives (CPS2R), la fébrilité est à son comble en cette Semaine nationale de la prévention du suicide. Plus que toute autre semaine pendant l'année, nous entendrons parler de statistiques, mais surtout nous entendrons des témoignages aussi émouvants que le vôtre.
Témoignage riche en émotions car votre histoire raconte toute la réalité vécue dans la souffrance et la détresse de ceux qui restent. On dit que chaque suicide fragilise 10 personnes de l'entourage.
Lorsque je regarde l'encadré des statistiques qui accompagne votre article, je sais pourquoi nous existons. Je sais pourquoi nous avons reçu en 2013 plus de 3300 appels sur notre ligne d'intervention téléphonique 24 / 7. Nous savons tous, par contre, que dans les faits, ces appels représentent un faible pourcentage des gens qui vivent leur détresse dans le silence et le repli.
Vous avez vu la rupture, brutale et sans appel, dans les yeux de votre fils, vous avez perçu la cassure dans son regard d'enfant, lorsque vous avez dû lui annoncer que son papa ne reviendrait jamais. Pourtant, il n'avait que deux ans et demi. En nous partageant, madame Sullivan, cette épisode si criant de douleur, vous brisez un mythe, très répandu et tenace, que les dommages sont moins grands lorsque les enfants sont petits. Très humainement, nous cherchons désespérément à nous protéger d'une réalité intenable face à la violence de cette mort. Violence dans le corps et dans l'âme.
Fièrement, le CPS2R a pu, grâce aux dons reçus de la population, mettre sur pied un groupe de thérapie pour enfants endeuillés par le suicide. Ces rencontres échelonnées sur 10 semaines ont permis d'accompagner quatre enfants de 6 à 10 ans. C'est très peu d'enfants, vous avez raison de le penser car il y en aurait beaucoup d'autres à accompagner, mais voilà où les mythes font leurs ravages.
La sensibilisation ne réussit pas à convaincre de l'importance de ces groupes. Comment pouvons-nous décider que les jeunes enfants sont à l'abri d'une si grande peine? Votre histoire révèle la conviction que le CPS2R peut faire une différence.
Votre témoignage est généreux envers notre organisme qui, avec l'Accalmie, La Traverse et tous les autres partenaires de la région, travaille sans cesse à convaincre que le suicide n'est pas une option et surtout que «T'es important pour nous».
J'aime vous lire et je saisis toute la force de votre guérison lorsque vous insistez pour aborder votre entrevue dans la confiance et l'espérance.
Je suis présidente du conseil d'administration du CPS2R, mais je suis surtout la mère d'un fils qui s'est enlevé la vie à l'âge de 18 ans. Mon histoire, j'aime aussi la raconter et parler de Benoît me donne toujours de la joie, car malgré son suicide, juste ce mot réveille en moi un épisode de ma vie qui est si souffrant, ça ne porte pas atteinte à la richesse des merveilleux moments qui tissent notre histoire.
Le CPS2R organise demain, 5 février à 19 h devant le petit sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap, une vigile qui est un moment tout doux pour nous rappeler cet amour que nous avons perdu. Cette rencontre se fait très simplement autour d'un café. C'est un moment privilégié pour se rencontrer, s'encourager et surtout pour se dire «Je t'aime, je t'admire.»
Pour confirmer sa présence: (819) 379-9238
Merci beaucoup, madame Sullivan, pour votre témoignage. Un merci particulier à Isabelle Légaré qui ne manque jamais de souligner la semaine de prévention-suicide avec des articles d'une grande qualité.
Lucie Trottier
mère de Benoît.
Présidente du conseil d'administration du Centre prévention-suicide les Deux-Rives.