André Drouin

Merci, André Drouin

Quelle tristesse! Désormais et pour toujours, André ne sera plus là. Maudit cancer. Le 2 avril vers 19 h 30, André a perdu son combat contre la bête. Nous avons perdu André. Pourtant, André était habitué de se battre. Je l'ai connu, il y a dix ans et c'est comme si c'était hier. Déjà, il me manque, il va me manquer.
C'est grâce à la laïcité que j'ai connu André Drouin. À quelques jours d'intervalle, en 2007, nous débutions, chacun de notre côté, un combat similaire dans les médias. Probablement qu'André avait commencé le sien avant moi parce qu'il avait vu des horreurs dans les pays qu'il avait visités. En tant qu'ingénieur, il avait travaillé dans des pays où les théocraties, les êtres invisibles comme il disait, avaient des pouvoirs sur les vivants. André n'avait pas peur des êtres invisibles, mais il craignait les actes que des humains pouvaient faire en leurs noms.
En 2007, au moment du Code d'Hérouxville, les journalistes avaient tenté de nous dresser l'un contre l'autre. Certains voulaient se servir du savant que j'étais pour combattre l'idiot qu'il était. Pourtant, avec le temps, j'ai bien compris que c'était lui le savant et moi l'idiot. J'ai bien compris qu'André et moi, nous voulions exactement la même chose.
André était véritablement un savant. Il savait la vie et il avait vu des femmes se faire mutiler et des hommes se faire tuer. Il a vu des cadavres dans les rues des pays étrangers. Pour lui, cela n'a pas de bon sens de voir ces monstruosités et cela marque un homme. Il me disait: «Les religions s'occupent de la vie APRÈS la mort et moi, je m'intéresse à la vie AVANT la mort».
Certains ont vu son Code de vie comme quelque chose de malhabile. Je peux vous dire que, comme spécialiste de la pédagogie, je trouve qu'André a été extrêmement habile en le rédigeant. Tous les enseignants rêvent d'offrir à leurs étudiants ce que plusieurs pédagogues appellent un «élément déclencheur qui met en déséquilibre cognitif l'apprenant». Je lève mon chapeau à André. Il a agi avec grand art. Dans cent ans, les gens parleront encore de son oeuvre surtout si des correctifs ne sont pas apportés pour contrer les dérives des délires religieux.
Il y a quelques jours, à l'occasion des dix ans de cette saga, j'ai relu «LE» Code de vie et j'ai compris qu'il était plus d'actualité que jamais. Pour chaque article du code, je n'avais qu'à remplacer le mot «Hérouxville» par «dans le monde entier» et tout semble tellement simple. Les rêves d'André n'avaient plus de frontières et dessinaient un magnifique savoir-vivre-ensemble. André savait qu'il avait le pouvoir de changer les choses à Hérouxville et que c'est en changeant les choses à Hérouxville qu'il pouvait changer les choses dans le monde. Quand André a écrit «À Hérouxville, on ne lapide pas les femmes», il pensait: «Dans le monde entier, on ne lapide pas les femmes». Et je suis en total accord avec lui.
André ne comprenait pas pourquoi nos leaders politiciens ne comprenaient pas. Pourtant, le gouvernement conservateur a su plagier le code d'Hérouxville pour en mettre les grands principes dans les documents d'accueil des nouveaux immigrants. André était fier de voir que le gouvernement canadien reconnaissait ainsi sa contribution. 
André était un homme foncièrement pacifique et il croyait à la «Paix sur terre aux hommes de bonne volonté». Pour lui, les exactions des extrémistes ne cesseront que lorsque tous les citoyens auront compris ce qu'est la véritable laïcité, que nous avons résumée en cinq points: 1) Tous les individus ont le droit de croire ou de ne pas croire et cela est du domaine du privé, dans les familles ou les lieux de culte; 2) Les personnes obéissent aux mêmes lois et cela peu importe leur religion et il appartient aux religions de faire des accommodements pour leurs fidèles; 3) La religion des uns ne devrait jamais devenir la loi des autres; 4) Les personnes ont le devoir et le droit de dénoncer les exactions et les dérives des religions et 5) Les individus doivent apprendre à croire en eux-mêmes avant de croire à une religion.
Deux fois, je suis allé avec André dans l'enceinte de notre Assemblée nationale. Nous étions tellement fiers la deuxième fois où nous avons expliqué au ministre Drainville notre projet de société et nous sentions qu'il avait compris. 
André était vrai. Tous ceux qui, comme moi, ont eu le bonheur de connaître le VRAI André, ont eu la chance de l'aimer parce qu'André était un être profondément humain et bon. Son Code de vie voulait faire en sorte qu'au-delà des différences, les gens apprennent à vivre d'amour, de compassion et de générosité. 
Je vais m'ennuyer du sourire d'André et de ses yeux rieurs. Il était un grand parmi les grands! J'espère qu'un jour les Québécois sauront tout le travail qu'André a fait pour eux, jour après jour, après jour. 
Merci André Drouin.
Ghyslain Parent
Professeur titulaire
Université du Québec à Trois-Rivières