Même si l'épreuve de 42,2 km a été annulée à Montréal, le demi-marathon et les distances plus courtes ont tout de même eu lieu, à une heure devancée. La chaleur accablante a contraint les organisateurs à prendre de telles décisions, que notre coureur Patrick Charlebois considère appropriées.

Marathon de Montréal: une bonne décision

Dimanche, plus de 5000 personnes avaient rendez-vous sur le pont Jacques-Cartier de Montréal pour courir 42,2 kilomètres à travers les rues de la métropole. Malheureusement, mercredi dernier, l'organisation du Marathon de Montréal a décidé d'annuler la distance du marathon et de réaménager l'horaire, ayant pour objectif d'assurer la sécurité des participants.
C'est une décision très frustrante pour des milliers de coureurs qui ont mis des mois pour se préparer pour cette grande fête de l'activité physique et du dépassement de soi. Pour eux, c'est comme annuler la fête de Noël, à quelques jours d'avis. C'est connu, la préparation physique et mentale pour courir un marathon est colossale et pour certains, courir un marathon est le défi d'une vie, leur raison d'être pour plusieurs mois. Et tout d'un coup, mercredi passé, ce rêve, cet objectif ultime sont tout simplement disparus.
Beaucoup de coureurs, surtout des coureurs aguerris, ont crié à l'injustice, contestant la décision de l'organisation en traitant de «nivellement par le bas» cette position du Rock and Roll Marathon.
La vérité, c'est que le marathon moyen au Canada se court en 4 h 1. Pas 2 h 45. Et dans des températures chaudes de + 30 C, c'est encore plus long. Les coureurs savent que le pire ennemi du coureur est la chaleur.
Pas la neige, le froid, ni la pluie, mais la chaleur. Pour avoir couru à Dubai et à Sydney en plein été, je peux vous confirmer que cela prend entre 10 % et 20 % plus de temps compléter un marathon à la chaleur que durant une température froide. Et ça, c'est lorsque nous terminons la course. Ce n'est pas toujours le cas. Pensez à Chicago en 2007 ou même ici même à Montréal en 2014. 
Des amateurs de course à pied, j'en ai croisé plusieurs dans ma vie. Ce qui caractérise le plus un coureur, surtout sur la distance de marathon, est sa détermination. Sa capacité d'endurer la douleur pendant une longue période de temps, presque à la limite de l'insupportable.
J'ai souvent suggéré à des coureurs de faire attention, de ralentir et même d'arrêter mais l'ego d'un coureur en action est énorme. Peu importe son niveau. Alors, imaginez dans un climat de forte humidité et de chaleur accablante, c'est très difficile d'arrêter un coureur qui a mis des mois de préparation pour en arriver là. Dans ce contexte, les risques de tenir une course, pour des coureurs nord-américains qui ne sont pas habitués à courir dans de grosses chaleurs, étaient énormes. 
Beaucoup de gens ne se rappellent pas que Montréal a été privé de son marathon pendant 13 ans, de 1990 à 2003. Les années 80 ont été des années fastes pour la course à pied alors que les gens couraient avec comme leitmotiv le «No Pain No Gain». Les gens couraient mal, et mal équipés.
À la suite de nombreuses blessures, beaucoup de coureurs ont abandonné la course à pied et le sport a procédé à une traversée du désert dans les années 1990 pour revivre au début des années 2000. Les coureurs sont devenus par le fait même mieux équipés et surtout, mieux informés et même, plus intelligents. Le sport est devenu plus démocratique et aujourd'hui, tout le monde ou presque pratique ce sport, les plus jeunes comme les plus vieux et surtout plus de femmes. Et c'est tant mieux.
L'organisation du Marathon de Montréal, en prenant la décision d'annuler le 42,2 km a voulu protéger les avancées de ce sport pour éviter le pire. Imaginez un bilan avec 1,2 ou plusieurs morts après l'épreuve du marathon, comme à Chicago en 2007. Pourquoi prendre le risque de perdre à nouveau notre marathon le plus prestigieux au Québec? Des marathons, il va y en avoir d'autres. Heureusement. 
Patrick Charlebois
Premier Canadien ayant participé au World Marathon Challenge 2017
Trois-Rivières