Il est minuit moins une pour la petite maison du terrain de l'Exposition.

Maison oubliée: il est minuit moins une!

L'auteur, Philippe Charette, est président de Patrimoine Trois-Rivières. La position qu'il exprime ici est endossée par tous les membres du conseil d'administration de l'organisme.
Le 29 août 2015, dans les pages du Nouvelliste, nous alertions la population et la Ville sur la valeur patrimoniale d'un témoin privilégié de la vie sportive à Trois-Rivières, un bâtiment négligé et menacé de disparition, la Maison de l'Expo.
Nous soulignions alors la nécessité d'agir rapidement pour le préserver et lui donner une vocation liée à son histoire et à sa situation sur le site. Malheureusement, l'avis de démolition accordé dernièrement par un comité de la Ville à son actuel propriétaire montre que tout est resté lettre morte.
Nous nous joignons à ceux qui ont réagi à l'annonce de cette décision pour rappeler ici les points qui justifiaient notre démarche pour sauver la petite maison oubliée, enclavée à deux pas de l'hippodrome. 
«Le premier concerne son intérêt historique. D'abord, la maison est érigée sur le grand terrain que Moses Hart a cédé en 1850 pour qu'y soient présentées des courses de chevaux, ce qui se fait sans interruption depuis cette date.
Construit en 1920, le bâtiment est aussi le plus ancien édifice du parc de l'Exposition encore en place aujourd'hui. De 1920 à 1971, il a abrité les bureaux de la Commission de l'Exposition, créée en 1915 après que la municipalité lui eut transféré la gestion de l'événement annuel organisé depuis 1896.
Par la suite, il a été cédé au Club Autosport mauricien, puis à l'organisation du Grand Prix, qu'on présentait sur les lieux depuis 1967. L'actuel propriétaire est le Club Jockey du Québec, qui gère le seul hippodrome encore actif au Québec.
Le deuxième point d'intérêt de l'édifice est son architecture. Il reflète les tendances stylistiques du début du 20e siècle, notamment le courant anglais Arts and Crafts. Il fait penser, en particulier par son toit et son avant-toit, aux maisons américaines de style prairie popularisé par le célèbre architecte Wright.
Enfin, ce bâtiment est intéressant par son association avec l'architecte Jules Caron (1885-1942), issu d'une famille d'architectes bien connue dans la région. On lui doit la plupart des bâtiments actuels du site, dont la vacherie, la Bâtisse industrielle et la porte Duplessis, constructions qui répondaient en 1938 au besoin de contrer la crise économique. Le terrain de l'Exposition offre donc une concentration rare et appréciable de son oeuvre qui, il faut le dire, ne se limite pas à ce site.»
Patrimoine Trois-Rivières est conscient des coûts liés à la conservation de ce bâtiment, mais nous estimons qu'à long terme l'investissement pourrait rapporter tant au niveau touristique que culturel. On pourrait par exemple faire de cette maison un centre d'interprétation du monde sportif trifluvien illustrant, entre autres, l'histoire des courses de chevaux à Trois-Rivières depuis 1850.
Certaines grandes villes du Québec peuvent compter sur des organismes consultatifs en matière de patrimoine, comme le Conseil du patrimoine à Montréal. Ceux-ci formulent des commentaires, des avis et des recommandations sur les questions relatives à la conservation et à la mise en valeur du patrimoine culturel.
Ces comités agissent en amont du processus, ce qui permet de prendre des décisions réfléchies puis d'assurer un suivi des recommandations. Il est grand temps que Trois-Rivières se dote d'un tel comité et remplisse ainsi une promesse faite en 1981. Reconnaissons toutefois que la Ville a reconnu le caractère patrimonial de l'ensemble des bâtiments du terrain de l'Exposition. Malgré cela, une de ses pièces importantes est plus que menacée. 
Comme organisme, nous avons un devoir de mémoire pour les générations futures et nous ne voulons pas que notre patrimoine matériel s'effrite lentement et inexorablement, faute de soins. Pour la Maison de l'Expo, il est minuit moins une. Si l'histoire a un sens chez nous, signifions notre opposition à sa démolition au greffe municipal d'ici le 21 avril et trouvons une vocation qui tirera cette presque centenaire de l'oubli auquel on la condamne. Agissons!