Lutter contre le racisme sous toutes ses formes

Dieudonné Ella Oyono
Dieudonné Ella Oyono
Président du Parti Québécois*
POINT DE VUE / Après avoir longtemps hésité, je prends la parole publiquement aujourd’hui pour ajouter ma voix à celles des gens qui pensent qu’après des mois de tergiversations, il est temps d’agir sur le racisme au Québec.

Si l’on ne se concentre pas sur l’objectif à atteindre collectivement, le débat actuel sur le racisme systémique contribuera à nous diviser au lieu de nous rassembler pour enrayer ce phénomène dans notre société.

Mon but n’est pas de dire qui a tort et qui a raison. Je pense humblement que comme plusieurs enjeux de notre société tels que l’aide médicale à mourir, la violence faite aux femmes ou la parité homme-femme, le racisme ne doit pas être traité dans la partisannerie car pendant que les partis politiques s’obstinent sur des définitions, des citoyens subissent du racisme et de la discrimination en emploi, en matière de logement ou de la part de policiers.

Qu’il soit systémique, institutionnel, d’État, il est clair qu’aucun gouvernement ne devrait tolérer aucune forme de racisme ou de discrimination. Le phénomène est assez documenté depuis des années et nous disposons au Québec de solutions pragmatiques pour lutter efficacement contre celui-ci.

Depuis 2017, il y a eu une consultation avortée, un «forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination» et le dépôt du projet de loi «visant principalement à faciliter l’accès au marché du travail aux personnes qui font partie d’une minorité visible en raison de leur origine ethnique ou de la couleur de leur peau et à lutter contre la discrimination et le racisme». Si, comme je le propose, cet enjeu devenait non partisan, le gouvernement du Québec n’aurait pas eu besoin de créer le groupe d’action contre le racisme en juin 2020 et surtout exclure la participation à ce groupe des députés de l’opposition.


« Qu’il soit systémique, institutionnel, d’État, il est clair qu’aucun gouvernement ne devrait tolérer aucune forme de racisme ou de discrimination. »
Dieudonné Ella Oyono

Lorsqu’on connaît l’empressement du gouvernement Legault dans plusieurs dossiers jugés prioritaires, il est d’ailleurs surprenant qu’après bientôt cinq mois, les recommandations du groupe se fassent encore attendre et qu’à ce jour la liste des personnes et groupes consultés ne soient pas encore rendu publique.

En changeant la façon de travailler ce dossier, je suis convaincu que nous arriverons à des solutions plus rapidement. Par contre, cela demande de la bonne volonté de part et d’autre pour se concentrer sur ce qui compte vraiment: mettre en œuvre rapidement des mesures pour lutter contre le racisme sous toutes ses formes. Là-dessus, il faudrait faire confiance aux 125 députés de l’Assemblée nationale qui nous ont déjà démontré par le passé leur grande capacité à travailler ensemble sur des enjeux complexes.

Sortir la partisannerie de la lutte au racisme et à la discrimination sera gage de succès et nous évitera des débats stériles dont le Québec n’a pas besoin en cette période difficile au cours de laquelle nos efforts doivent se concentrer sur la gestion de la pandémie.

En plus du travail non partisan, il serait opportun d’évaluer la création d’un Secrétariat à la lutte au racisme et à la discrimination dont le rôle pourra être de travailler avec tous les ministères afin de faciliter la mise en œuvre de mesures spécifiques, incluant notamment l’accès à l’emploi, au logement ainsi qu’aux divers programmes gouvernementaux. Cette évaluation devrait tenir compte de la possibilité de confier un tel mandat au Vérificateur général du Québec, le but étant de mesurer nos progrès.

Le Québec est naturellement accueillant mais comme ailleurs dans le monde nous pouvons améliorer la situation de plusieurs Québécois qui se sentent comme des citoyens de seconde zone. Malgré l’adoption de lois tel que la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans des organismes publics, celles-ci ne sont pas appliquées sans une réelle volonté politique. Les appliquer serait déjà un pas de géant.

Au lieu de continuer à débattre encore pendant plusieurs mois, le temps est venu de travailler tous ensemble pour lutter contre le racisme et nous assurer par divers mécanismes que nos actions porteront fruit.

Il est minuit moins une pour agir!

* L’auteur s’exprime ici à titre personnel