Loin derrière Sylvan Lake...

Sylvan Lake est une petite ville de l’Alberta. À une dizaine de kilomètres de Red Deer, dont elle est une sorte de banlieue. Sylvan Lake compte environ 15 000 habitants. Et paraît-il qu’il y fait très bon vivre. La municipalité occupe le 41e rang des communautés canadiennes où, justement, il fait bon vivre. Loin devant Bécancour, Trois-Rivières, La Tuque et Shawinigan.

C’est MoneySense qui nous revient avec son classement annuel qui soulève généralement davantage de controverse et de mécontentement que d’enthousiasme.

Sylvan Lake a fait un bond spectaculaire depuis la publication du palmarès de l’an passé, passant de la 319e à la 41e place. On pourrait croire qu’il y a eu une révolution à Sylvan Lake. Que la Ville a tout fait pour obtenir de meilleures notes sur chacun des critères. Que la population s’est soudainement plongée dans un état de bonheur suprême...

Il n’en est rien. Les critères sont à peu près les mêmes. L’évaluation diffère, c’est tout. Et les écarts prononcés d’un palmarès annuel à l’autre sont nombreux dans la compilation de MoneySense. C’est pour ça qu’il faut prendre avec un grain de sel de tels palmarès.

Trois-Rivières a l’habitude de faire belle figure dans des palmarès mesurant l’indice de bonheur ou la satisfaction relative des citoyens quant à leur qualité de vie. C’est probablement pour ça qu’on peut certainement s’étonner de son positionnement dans le classement des communautés canadiennes où il fait bon vivre. MoneySense place la cité de Laviolette au 240e rang.

C’est tout de même mieux que le 352e rang de 2017.

Dans la région, c’est Bécancour qui s’en sort le mieux, avec une 139e position (264e rang l’an passé). La Tuque grimpe de la 388e à la 257e position, tandis que Shawinigan remonte un peu, passant de la 410e position (sur 417 communautés) en 2017 à la 386e position (sur 415 communautés) cette année. 

La méthodologie employée par MoneySense – une publication web consacrée à l’économie et au style de vie – peut laisser perplexe. On met dans un même paquet des villes de 2 millions d’habitants, de 150 000 habitants ou de 9000 habitants. Comment peut-on raisonnablement tenir compte, par exemple, des avantages du transport en commun quand on compare des villes qui ont un réseau de métro et d’autobus aux dix minutes avec d’autres qui sont en pleine campagne, sans transport collectif?

Le classement de MoneySense se base sur des pointages attribués aux villes selon neuf grands critères: l’économie locale et l’emploi, les revenus et la richesse, le coût du logement, les taxes, le transport collectif, l’accès aux soins de santé, la criminalité, l’accès à la culture, ainsi que... la météo. Chacun des critères est évalué par le biais de différentes statistiques disponibles, allant des frais de garderie au pourcentage de crimes violents, en passant par le nombre de médecins par 1000 habitants, le pourcentage de personnes employées dans les arts, la culture, les loisirs et les sports, ou encore le nombre de jours où la température est supérieure à 20 degrés Celsius.

Ce n’est pas un hasard si, au fil des ans, le classement de MoneySense a fait l’objet de nombreuses critiques, notamment quant à la validité de certaines statistiques ou au type de calcul utilisé pour certains critères.

Évidemment, il est impossible de mesurer – et surtout de comparer – les aspects intangibles d’une ville qui lui confèrent une personnalité et la rendent agréable. Et la notion de «ville où il fait bon vivre» est assurément variable selon que l’on est un couple, une famille, des retraités, des étudiants, des immigrants, des homosexuels, des personnes à mobilité réduite...

La subjectivité joue un rôle considérable dans l’appréciation d’un milieu de vie. La compilation seule de statistiques, d’éléments tangibles et apparemment objectifs est hasardeuse. Et leur comparaison entraîne son lot d’aberrations.

Comme celle de voir les villes de la région presque reléguées au rang de goulags ou de bidonvilles.