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L’intimité dangereusement compromise

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
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OPINIONS / En réaction à l’article de Marc Rochette intitulé «Le Chemin du Lac prend son envol grâce à une somme de 50 000 $», publié le 8 mai dernier.

Comment réagiriez-vous si votre voisin vous «faisait un coucou» par la fenêtre de votre chambre à coucher? Où si un randonneur empruntait le «sentier de votre cuisine» pour se régaler à même vos victuailles? Où pis encore, pour bien me faire comprendre, si on vous épiait avec des caméras dans votre salle de bain?

À la suite de la lecture de l’article publié dans Le Nouvelliste intitulé: «Le Chemin du Lac prend son envol grâce à une somme de 50 000 $», j’ai spontanément sursauté!

Développer un chemin de randonnée, de plus de 200 kilomètres de style Compostelle qui fera le tour du lac Saint-Pierre, tel est l’ambitieux projet du «Chemin du lac» parrainé par les Ouvriers de Paix.

Selon l’instigatrice du projet, Johanne Filiatrault, «ce que l’on vise, c’est qu’il y ait des haltes d’étape tous les 12 ou 15 kilomètres […] parce que l’on vise particulièrement les jeunes familles.»

Je crois que la cible révèle à elle seule la «stupidité fonctionnelle» qui prend ici tout son sens!

Tous les spécialistes, préoccupés par les activités récréotouristiques, nous disent que les enfants n’aiment guère marcher de longues distances dans les sentiers exposés au plein soleil. Madame Filiatrault devra trouver un autre prétexte pour vendre sa salade!

Parce que selon ce qui est publié dans les journaux, cet organisme promoteur semble avoir marginalisé et même supprimé toutes les réflexions critiques au sujet de ce surprenant projet soit disant environnemental.

Où sont les études d’impact, les recherches scientifiques sur les retombées d’un tel projet, les consultations auprès des riverains, les devis de réalisations, les études de coûts, les aménagements envisagés, etc.?

J’ai l’impression que son «groupe de style Compostelle» a créé un «consensus artificiel» évitant ainsi toute forme de confrontation, de questionnement, de «feedback», de commentaires du peuple et des riverains qui résident le long du lac Saint-Pierre, à propos des décisions et des stratégies mises en place pour la réalisation de son projet.

Le manque d’argumentation, le manque d’explication et le manque de justification font que cet obscur projet risque de provoquer des situations dramatiques envers l’extrême fragilité que connaît l’écosystème de ce majestueux bassin écologique qu’est le lac Saint-Pierre.

Permettez-moi de douter de l’intention réel de ce supposé «circuit touristique pseudo-religieux» de randonnée pédestre; ce projet ne cacherait-il plutôt de «subtiles samaritains» désireux de s’enrichir au détriment d’une nature sans défense?

Le lac Saint-Pierre, classé patrimoine mondial de l’UNESCO, n’est pas niaiseux; il sait décoder les intentions: des arrêts pour les marcheurs dans les divers restaurants et gîtes de la région, des frais d’inscription, des rabais pour de l’hébergement, de l’accompagnement personnalisé, des activités d’animation, des ateliers et des vidéos d’information, des sous et encore des sous pour les promoteurs… et cela sans jamais considérer la notion de respect et d’équilibre de l’écosystème!

Déranger un grand héron dans sa chasse, envahir le royaume des grenouilles léopards, piétiner les plantes aquatiques, écraser les œufs de tortues, perturber les bécasses et les bécassines, effrayer les oiseaux aquatiques dans leur tranquillité, éloigner les oiseaux de proie de la rive, empêcher les martins-pêcheurs d’accéder paisiblement à leur nid, repousser les brochets et les esturgeons au large, empêcher les nombreuses espèces de «petits poissons» de frayer en toute tranquillité, effrayer les couleuvres d’eau, etc. Non! Non! Et encore non!

Pourquoi ne pas tout simplement limiter et surtout contrôler l’invasion des visiteurs en leur offrant des «haltes fauniques» telles les passerelles de Nicolet, la halte routière de Pointe-du-Lac, le Port Saint-François de Nicolet, la tour de Baie-du-Febvre, etc.?

Et pourquoi n’y offrirait-on pas des «postes télé-fauniques»; ne pourrait-on pas installer des écrans interactifs qui expliquent, affichent et exposent aux visiteurs les caractéristiques, les comportements, les modes de vie, etc. des «bibittes» qu’ils sont susceptibles de croiser lors de leur arrêt aux différents postes d’observation?

Nul besoin alors de déranger la faune et la flore aquatique; on sait lire, on sait écouter et on sait visionner des vidéos!

Quand allons-nous enfin réaliser que la nature et ses habitants ont besoin d’intimité et de tranquillité eux aussi?

Devons-nous obligatoirement provoquer la disparition de ces bêtes ou compromettre dangereusement leur épanouissement pour enfin comprendre?

Posez-vous la question: comment réagiriez-vous si on vous observait à la loupe à longueur de journée? Et… pour bien comprendre, pour mieux comprendre, répondez aux trois questions posées au début de ce texte… là vous ressentirez le harcèlement que ce projet veut imposer à notre faune et notre flore aquatique!

Quand on nous présentera un projet «style respect de la nature», «style non invasif», « style priorité bien-être de la faune et de la flore», la population et les experts sauront alors certainement écouter, étudier, analyser, évaluer et mesurer tous les aspects garantissant la sauvegarde de l’intégrité animale et végétale.

À défaut de telles garanties, que les «faiseux de piastres» se contentent de nous proposer leurs «cabanes à pétates frites» le long de la route; nous on se régalera de leurs menus de choix tout en observant la nature à distance!

Jean Paquette
Trois-Rivières