L’ingrédient local qui fait la différence

ÉDITORIAL / Les attentes sont comblées. Le cinquième opus du Cirque du Soleil dans la série hommage qu’elle présente depuis 2015 à l’Amphithéâtre Cogeco est un succès. La recette fonctionne toujours aussi bien mais elle a la particularité, cette année, de mettre en valeur un ingrédient local qui vient donner une extraordinaire dimension à l’œuvre elle-même et à l’expérience de spectateur.

Les chorégraphies du spectacle de cette année, Joyeux Calvaire, sont signées Vincent Desjardins. Un gars de la place. Formé à La Picarlène, qu’il a rachetée en 2011 pour en faire sa propre école, le danseur et chorégraphe a mis cette année son talent au profit du Cirque du Soleil. Le résultat est plus que convaincant.

Pour une rare fois, la danse est un des points forts du spectacle que le Cirque présente à l’Amphithéâtre Cogeco. La troupe de danseuses et danseurs dirigés par Vincent Desjardins va même jusqu’à parfois voler la vedette du spectacle, ce qui était loin d’être le cas au cours des dernières années. Un numéro de danse sur la chanson Droit devant, avec des moments dans une piscine à l’avant-scène, est un des grands moments de l’histoire d’amour entre le Cirque du Soleil et Trois-Rivières.

L’intégration de la danse dans un spectacle de cirque aura rarement été aussi efficace. Cela vient certainement démontrer que malgré l’attachement que la région a su développer envers les artistes de la métropole ou d’ailleurs sur la planète qui débarquent chaque été à Trois-Rivières, ça fait drôlement du bien à notre fierté quand, en plus, il y a du talent local dans le spectacle.

La recette du Cirque du Soleil et de l’Amphithéâtre, pour cette collaboration estivale à Trois-Rivières, fonctionne toujours aussi bien: un excellent spectacle qui permet d’apprécier le talent des artistes de cirque, une musique revisitée – mais de façon plus discrète que par les années passées –, un cadre enchanteur, une expérience de spectateur unique. Quand, en plus, Dame Nature se met de la partie pour offrir un temps parfait, avec une lune presque pleine qui assiste aussi au spectacle, cela donne des soirées magiques. Inoubliables pour plusieurs. Et on ne se lasse pas de cette recette.

Après quatre ans d’une présence qui a procuré tant d’émerveillement à un public souvent déjà conquis par l’emplacement et l’expérience de l’Amphithéâtre, le Cirque propose un spectacle de grande qualité, audacieux et sous le signe de la découverte, mais qui souffre peut-être du jeu des comparaisons avec les hommages à Beau Dommage, à Charlebois, à Plamondon et aux Colocs.

Joyeux Calvaire n’est pas aussi émouvant que Stone, pas aussi éclaté que Juste une p’tite nuite. Il manque une histoire qui se tient, un fil conducteur qui peut servir de repère pour le public. Mais ce sont là des bémols qui n’entravent pas la qualité du produit et l’expérience du spectateur. C’est ce qui ressort, inévitablement, quand on a apprécié les quatre spectacles précédents.

Il y a, évidemment, des points très forts dans le spectacle de cet été: l’utilisation d’un bassin d’eau, la scénographie en général, les performances des acrobates dans les numéros de voltige, le savoureux numéro de clown en unicycle, les tableaux impressionnants comme celui de La manifestation ou celui de La cave avec les jongleurs de drapeaux. Ou encore ce moment où on a l’impression d’être subjugué par un numéro de cerceaux. Le point le plus fort, toutefois, est peut-être la place que donne le spectacle à la découverte. Notamment la découverte de chansons moins connues des Cowboys Fringants, ou de disciplines comme le cadre russe ou la corde pendule.

La capacité de surprendre sera d’ailleurs un ingrédient absolument nécessaire pour les cinq prochaines années du Cirque à Trois-Rivières, dans la formule qui succédera à la série Hommage. Jusqu’à maintenant, c’est un parcours sans faille pour le Cirque du Soleil et l’équipe de l’Amphithéâtre.

C’est ce mariage réussi qui fait rayonner Trois-Rivières de belle façon. Et on souhaite que ce soit le cas pour longtemps encore.