Jusqu'où peut aller le toucher dans les conversations, les relations sociales? L'auteure de cette lettre se pose la question et illustre son propos par le fait que la présidente et chef de la direction de Gaz Metro, Sophie Brochu, a posé la main sur la cuisse de Barack Obama en interviewant ce dernier lors de son passage à Montréal.

L'importance du toucher dans les relations sociales

Au coeur de la vie quotidienne certains gestes sont devenus si familiers, si bien intégrés, que j'en arrive tout simplement à ne plus les voir. À preuve, le sens le plus impulsif: le toucher. Je suis tactile. Quand je parle à quelqu'un qui m'est sympathique, j'ai besoin de le toucher. Même quand, au hasard de mes sorties, je rencontre une personne que je ne connais pas, mais à qui j'adresse un sourire ou la parole, et que je ressens un lien affable, j'ai envie de la toucher. J'ai un besoin intense de partager, par ce geste, l'aménité, la bienveillance que dégage cette personne.
Je sais que cette conduite peut devenir gênante et ambigüe pour certaines personnes, alors que pour moi, il n'existe aucune équivoque. Je peux appuyer ma tête contre l'épaule d'un ami, le prendre par le cou, m'asseoir sur le bras du fauteuil où il prend place, sans penser que ces gestes peuvent avoir une connotation sexuelle, c'est juste une prolongation de la conversation. C'est ma façon d'être, mais je dois toujours me retenir, être sur mes gardes et cela me fait souffrir. 
Je sais qu'il existe des gens qui ne veulent pas être touchés, c'est une horreur pour eux. Les personnes qui souffrent du spectre de l'autisme, par exemple, ne peuvent supporter ce geste, alors je fais très attention. Cependant, cette retenue est très difficile pour moi qui suis hyper tactile.
Par ailleurs, les interactions sociales, par exemple, le regard, la tonalité de la voix, la posture, le toucher, qui font partie des éléments essentiels du lien social, constituent un phénomène complexe où de nombreux facteurs entrent en jeu, mais certains de ces facteurs ont tendance à être sous-estimés. C'est le cas du contact tactile. Le toucher est de moins en moins présent dans les rapports humains. Les sociétés anglo-saxonnes semblent réprimer le toucher; tandis que dans les cultures latines, les contacts physiques sont encore bien présents. 
Il me vient à l'esprit que, il y a quelques semaines, je visionnais la conférence de Barack Obama en visite à Montréal et la période de questions qui a suivi. J'ai constaté avec bonheur que je n'étais pas la seule à être tactile. Mme Sophie Brochu, de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain a posé sa main sur le genou gauche de M. Obama, en le tapotant légèrement. J'y ai vu une démonstration de sympathie à son égard et j'en ai été ravie pour elle.
Réjeanne Matton
Shawinigan