L'exercice de la liberté doit s'apprendre

Nous vivons dans un pays libre. Pourrions-nous dire ainsi que nous vivons librement? Rien n'est moins sûr...
Il y a quelques siècles, Spinoza nous conscientisa sur notre illusion d'être libre du fait même que nous sommes conscients de nos désirs, mais non de leurs motivations profondes. Il n'avait pas tort.
Émettre une opinion est la base de l'exercice de liberté dont nous jouissons tous par les chartes des droits et libertés constitutionnelles; si elle s'avère réfléchie et constructive, soutenue d'arguments solides et logiques, l'opinion émise peut s'avérer la pierre angulaire de changements prolifiques et profitables pour la société. 
Ainsi, avons-nous lu dernièrement dans notre quotidien régional des opinions qui ont donné raison à Spinoza, et qui renforcent, plus que jamais, l'idée que le Québec doit donner la priorité à l'instruction avant la santé. On a lu l'opinion d'un homme qui cataloguait les métiers en «utiles» et «inutiles» pour la société! Un autre déterminait le poison de «l'identitaire» (identité) comme source du drame qui a tué six personnes dans leur lieu de prières à Québec! Manichéennes à souhait, ces opinions frisaient l'eugénisme. Plus que jamais, la violence (physique et morale) est un grave fléau dans toutes les écoles du monde moderne; et comment!
Plusieurs opinions émises ne construisent tout simplement pas, et confirment que l'exercice de la liberté, conscient des répercussions qu'il engendre, doit s'apprendre. Les ravages de l'ignorance débutent dès l'enfance et c'est pour cette simple raison qu'il faut fignoler davantage notre système de l'instruction de nos enfants. En bas âge, le cerveau est malléable; s'il est forgé à la loi du plus fort ou du talion, il ne faut pas se surprendre de lire des opinions qui détruisent. Nul n'est à l'abri de mauvais jugements: nous y sommes tous sujets; il faut réduire les fautes possibles. Apprendre à bien utiliser notre liberté, c'est comme apprendre à bien écrire le français: ce n'est pas facile et ça prend un réel effort permanent.
Une société où la coopération de chacun au mieux-être de tous se fabrique d'abord par une instruction et une éducation en ce sens, lesquelles mettent aux ordures des lois archaïques prénommées, élargissent les horizons de la connaissance, et favorisent la concertation. Sans ces efforts, c'est la barbarie.
Il faut accorder la priorité plus que jamais à la connaissance, l'instruction et la recherche de la sagesse. Et parler de donner la priorité, ce n'est rien de moins que d'y consacrer les sommes d'argent nécessaires à la réalisation d'un réel coup de barre qui redressera une situation sociale inquiétante.
Il faut rehausser de plusieurs crans l'exercice de notre liberté de peuple, et ressusciter le respect de tout un chacun. Seules une instruction et une éducation de premier plan peuvent réaliser cette santé des nations prospères et dignes d'humanité, où les gains ne se calculent pas qu'en dollars, mais surtout et avant tout en qualité de vie et d'ingéniosité à celle-ci. Est-ce cette société que nous voulons ou celle d'aujourd'hui?
François Champoux
Trois-Rivières